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14/11/2012 07:47 EST | Actualisé 14/01/2013 05:12 EST

La flambée des prix des carburants provoque des manifestations en Jordanie

D'importantes grèves et manifestations étaient prévues mercredi en Jordanie, après une nuit marquée par des protestations ayant dégénéré en violences suite à l'augmentation des prix du carburant, fustigée par l'opposition islamiste.

La Jordanie est touchée depuis janvier 2011 par des manifestations, petites mais régulières, dans la foulée du Printemps arabe, appelant à des réformes politiques et économiques.

Le mouvement de contestation survient par ailleurs alors que des élections législatives sont prévues le 23 janvier, un scrutin boycotté par les Frères musulmans, principale force politique de l'opposition.

Cette soudaine augmentation, annoncée mardi soir par le gouvernement et entrée en vigueur à minuit, a suscité la condamnation de la confrérie qui a mis en garde contre un mouvement de "désobéissance civile".

Environ la moitié des 120.000 professeurs des écoles publiques ont fait grève mercredi, affectant au moins 2.000 écoles dans le pays, selon des responsables du syndicat d'enseignants.

"La grève continuera jusqu'à ce que le gouvernement revienne sur sa décision injuste et irresponsable qui cherche à rendre les Jordaniens plus pauvres", a indiqué dans un communiqué le syndicat.

Des avocats ont cessé le travail à Amman alors que d'autres syndicats annonçaient qu'ils envisageaient une action similaire, et des groupes de jeunes et certains partis politiques ont manifesté dans plusieurs villes du royaume.

Des manifestants en colère bloquaient la principale rue du centre-ville d'Amman, où la police a menacé d'avoir recours à la force s'ils ne la dégageaient pas.

Les islamistes ont indiqué qu'ils prévoyaient de manifester plus tard mercredi près du ministère de l'Intérieur, sur la place Gamal Abdel Nasser, où 24 personnes avaient été arrêtées mardi soir après une manifestation ayant réuni plus de 2.000 personnes.

Ces protestations sont survenues quelques heures après l'annonce d'une hausse des prix de l'essence --de 0,71 dinars à 0,80 dinars (0,88 euros)-- et de la bonbonne de gaz domestique --de 6,5 dinars à 10 dinars (11 euros)--, soit une augmentation de 53%.

La Direction de la sécurité publique a déclaré que les manifestations de la nuit avaient fait 14 blessés, dont 10 policiers, après que des manifestants en colère eurent attaqué un commissariat à Irbid (nord) et des bâtiments gouvernementaux à Salt, à l'ouest d'Amman.

La police a fait usage de gaz lacrymogène et de canons à eau pour disperser une manifestation devant la maison du Premier ministre Abdallah Nsour à Salt, sa ville natale, ainsi que dans d'autres villes du pays.

Les manifestants ont demandé la démission du gouvernement, formé il y a un peu plus d'un mois par M. Nsour qui a annoncé mardi un déficit budgétaire total pour 2012 de 3,5 milliards de dinars (environ 5 milliards de dollars) et parlé d'une situation économique "très précaire".

"La décision de réexaminer les subventions sur le carburant aurait dû être prise il y a deux ans", a-t-il ajouté.

Le numéro deux des Frères musulmans, Zaki Bani Rsheid, qui avait qualifié mardi cette décision de la mesure "la plus dangereuse depuis dix ans", a parlé d'un "coup sévère pour les élections".

"Le scrutin, qui était déjà confronté à une crise, court un sérieux danger maintenant", a-t-il indiqué.

Les Frères musulmans ont décidé de boycotter les élections. Ils veulent la révision du système électoral qui privilégie, selon eux, les régions rurales, considérées comme loyales au gouvernement, dont les partisans dominent le Parlement.

Ils réclament aussi un système parlementaire dans lequel le Premier ministre serait issu de la majorité du Parlement et non plus nommé par le roi.

"Je pense que la hausse des prix va nettement éclipser les élections, si elles sont tenues à la date prévue", a déclaré à l'AFP l'analyste politique Oraib Rintawi.

"A quoi bon tenir des élections si le gouvernement n'écoute pas les demandes du peuple?", a-t-il ajouté.

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