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14/11/2012 03:19 EST | Actualisé 14/01/2013 05:12 EST

Deux nominations: Québec fait rouler les têtes à la direction du BAPE

QUÉBEC - Considéré trop proche de l'industrie par le gouvernement péquiste, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) fait peau neuve, avec une direction renouvelée perçue comme davantage sensible aux préoccupations environnementales.

L'ex-militant écologiste devenu ministre du Développement durable, Daniel Breton, n'aura donc pas tardé à faire un grand ménage dans cet organisme qu'il jugeait à la solde du gouvernement libéral et de l'industrie.

Le président et le vice-président du BAPE ont donc été tassés et remplacés mercredi par Pierre Baril à la présidence et le journaliste Louis-Gilles Francoeur à la vice-présidence.

L'annonce a été faite en fin de journée à l'issue de la réunion de la séance hebdomadaire du conseil des ministres.

Pierre Baril connaît bien le dossier. Il était à la tête de l'organisme Ouranos, spécialisé sur les questions de changements climatiques. Ingénieur et agronome de formation, il a été sous-ministre adjoint au ministère du Développement durable il y a quelques années.

Il sera secondé par le journaliste du quotidien Le Devoir Louis-Gilles Francoeur, à titre de vice-président. M. Francoeur était un spécialiste des questions environnementales depuis des décennies et a publié d'innombrables reportages sur divers sujets.

Depuis l'arrivée de Daniel Breton à la tête du ministère du Développement durable, on comprenait que les jours des dirigeants du BAPE étaient comptés.

Après le président, Pierre Renaud, le mois passé, c'était au tour du vice-président, Pierre Fortin, cette semaine, de devoir libérer son poste à la direction du BAPE.

Mercredi, libéraux et péquistes s'accusaient mutuellement d'avoir politisé à outrance cet organisme censé être indépendant du gouvernement et voué à évaluer les projets risquant d'avoir un impact sur l'environnement.

La porte-parole libérale en matière de Développement durable, Yolande James, a parlé de purge, d'intervention politique indue et de règlement de comptes de la part du ministre Breton, reconnu pour ses positions publiques très critiques sur le travail du BAPE quand il présidait le groupe Maîtres chez nous au 21e siècle (MCN21), avant de se lancer en politique cette année.

En 2010, il avait notamment remis en question l'intégrité de Pierre Renaud lors des audiences publiques sur le gaz de schiste, en dénonçant ce qui lui paraissait être une complaisance totale du BAPE envers cette industrie.

Peu avant la défaite des libéraux, les mandats de MM. Renaud et Fortin avaient été renouvelés.

Mme James soutient que le ministre a reconnu la compétence des deux hommes dans leur fonction respective et en conclut que M. Breton, n'ayant invoqué aucun motif de congédiement, s'est donc livré à un règlement de comptes.

«Tout le monde sait, c'est de notoriété publique, que lors de sa vie antérieure comme activiste, qu'il a eu quelques prises de bec» avec l'ancienne direction de l'institution, a-t-elle relaté en point de presse, rappelant que les changements à la présidence et à la vice-présidence allaient aussi entraîner un coût pour les contribuables.

Mais le ministre Breton s'est bien défendu mercredi d'avoir limogé ces deux principaux dirigeants de façon arbitraire. Au contraire, il soutient que c'est plutôt l'ancien gouvernement libéral qui a politisé le bureau d'audiences publiques et que le temps était venu de lui redonner son indépendance.

«Allez voir toutes les décisions du BAPE depuis plusieurs années», a-t-il lancé aux journalistes, en point de presse, laissant entendre que le gouvernement libéral y avait nommé des personnes favorables à ses orientations.

«Le BAPE avait perdu beaucoup de crédibilité. Il faut redonner la légitimité au BAPE», a soutenu le ministre.

En Chambre, il avait tenu plus tôt le même discours, s'engageant à «redorer le blason de cette institution» en procédant incessamment à des nominations «de gens de qualité».

Quant à Pierre Fortin, un ancien attaché politique libéral, il demeurera dans l'appareil gouvernemental.