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14/11/2012 06:46 EST | Actualisé 14/01/2013 05:12 EST

Dans les Rockaways, les sinistrés de Sandy survivent au jour le jour

Manger. Se réchauffer. Trouver de quoi nettoyer. Seize jours après l'ouragan Sandy, des milliers de sinistrés continuent à survivre au jour le jour dans les Rockaways à New York, langue de terre au sud du Queens.

Devant la bibliothèque de Far Rockaway, dès 10h, une longue file d'attente. Une organisation caritative va distribuer des manteaux à la mi-journée.

A cent mètres de là, devant l'église nazaréenne, deux autres queues se sont formées, l'une pour manger chaud, l'autre pour obtenir des produits de première nécessité, javel, piles, mais aussi couches, eau potable et balais.

Des bénévoles sont là aussi pour expliquer quels formulaires remplir pour obtenir toutes sortes d'aides.

Et partout dans ce quartier pauvre au sud de l'aéroport JFK et au bord de l'Atlantique, c'est le même spectacle : des files d'attente devant des églises, des centres de secours de la FEMA (aide fédérale d'urgence). Et une multitude de bénévoles.

Beaucoup des sinistrés sont venus avec des charrettes de marché qu'ils chargent de tout ce qu'on peut leur donner avant de repartir à pas lents.

"Vous avez un radiateur ? J'ai besoin d'un radiateur" demande Kiomara Espaillat, une retraitée dominicaine amputée d'une jambe, et qui attend un manteau dans son fauteuil roulant. Elle vit seule dans son appartement toujours privé d'électricité. N'a pas d'eau chaude. Pas de téléphone. "Et personne ne nous dit rien", s'indigne-t-elle.

Bilma, une Salvadorienne de 28 ans attend avec son bébé de 4 mois. Elle ne parle pas anglais. Elle non plus n'a toujours pas de courant. "On nous a dit peut-être demain".

Certains avaient dans un premier temps trouvé de l'aide auprès de leur famille ou d'amis. "Mais c'est fini", explique Alba Hernandez, une Nicaraguayenne qui pour la première fois fait la queue pour manger à l'église nazaréenne.

Seulement 16 jours que l'ouragan est passé, et pour beaucoup, déjà, une éternité.

Sur Beach Channel Drive, à l'angle de Beach 66, Linda Di Cenio est inconsolable en faisant visiter sa petite maison où l'eau suinte encore des parquets. Elle l'avait achetée en juin dernier. Comme ses voisins, elle a quasiment vidé toute ses meubles sur le trottoir. Dans une penderie, des vêtements moisissent. "Je ne sais pas où aller dit-elle, je ne dors plus". Elle dit n'avoir aucune assurance.

A deux pâtés de maison, des bénévoles improvisent une distribution de chaussettes propres, serviette de toilette, robes de chambre, dans le jardin d'une petite maison.

Cecilia, 35 ans, mère de deux adolescents 16 et 18 ans, repart avec une robe de chambre. "J'ai tellement froid chez moi" dit-elle ravie. "Ma propriétaire doit changer la chaudière mais elle dit qu'elle n'a pas d'argent. Elle n'a aucune idée de quand elle pourra le faire". Cecilia n'a pas non plus d'eau chaude, fait bouillir de l'eau pour se laver. Et préfère en rire: "Si on ne rit pas, on pleure".

A l'angle de Beach 59, des appartements modestes abandonnés, portes sorties de leurs gonds. La trace de l'eau est à 1m20 du sol. Une chaussure d'enfant, un landau de poupée, un fatras de vêtements mélangés à du sable jonchent le sol. Des rôdeurs sont passés. Les locataires ne sont jamais revenus.

Au bord de la plage une noria de bulldozers et d'engins nettoient le sable qui avait envahi les rues. Des voitures sont toujours ensablées. Plus loin, sur une grande artère, un bateau échoué.

A certains carrefours, des policiers font office de feux de signalisation.

Beaucoup ont retrouvé le courant le week-end dernier, mais c'est loin d'être le cas partout.

La plupart des magasins sont fermés.

A l'ouest de la péninsule, sur Rockaway Beach boulevard, le bruit des générateurs est infernal. Une clinique s'est improvisée dans une maison à vendre qui sent le moisi. Juste en face, des pelleteuses détruisent les ruines de maisons qui ont brûlé alors même que le quartier était inondé par Sandy.

Passants et cyclistes portent des masques chirurgicaux pour se protéger de la poussière.

Janina Joniec, une Polonaise de 82 ans, regarde toute cette agitation en balayant ses escaliers. Elle a des bleus plein la figure, après être avoir raté des marches dans le noir.

"Regardez", dit-elle. "Mon fils me dit que je suis une zombie".

Très loin à l'horizon, on voit la skyline de Manhattan.

bd/jca