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14/11/2012 08:39 EST | Actualisé 14/01/2013 05:12 EST

Contraception: le Canada n'en ferait pas assez pour les femmes du tiers-monde

OTTAWA - Un rapport sur l'état de la population mondiale constate que 222 millions de femmes ne peuvent pas faire de planification familiale parce qu'elles n'ont pas accès à de la contraception de qualité.

Le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) précise dans son rapport 2012, publié mercredi, que pour la majorité de la population des pays en développement, les capacités de déterminer la taille de sa famille sont rares et insuffisantes.

Les représentants de divers organismes internationaux, dont l'UNFPA, qui soulignaient, à Ottawa, le lancement de ce rapport ont fait des reproches au gouvernement canadien, à ce sujet.

Rappelant l'initiative de la santé maternelle lancée par le gouvernement Harper au Sommet du G8 à Muskoka en 2010, Sandeep Prasad, directeur général d’Action Canada pour la population et le développement (ACPD) a dit qu'on s'attendait à ce que cette initiative se traduise par une augmentation de l'aide financière canadienne pour la contraception dans les pays en voie de développement.

«Nous sommes déçus de voir que ça n'a pas conduit à une augmentation substantielle dans le financement de la planification familiale, augmentation qui aiderait à combler le manque de 4 milliards $ par année nécessaires pour répondre au besoin mondial», s'est-il désolé au cours de la conférence de presse.

M. Prasad a noté l'absence du Canada de la liste des donateurs à la dernière initiative internationale, en juillet dernier, à Londres, initiative qui a réussi à recueillir 2,6 milliards $. Se basant sur les chiffres fournis par le bureau du ministre responsable du développement international, Julian Fantino, M. Prasad constate qu'en 2011-2012, le Canada n'a donné que 15,97 millions $ en aide internationale pour la planification familiale, «un peu moins que ce que le gouvernement dépensait en planification familiale à l'étranger en 2005».

Pour sa part, Sarah Kennell, représentante de la Coalition des jeunes pour les droits sexuels et reproductifs, maintient qu'Ottawa a fait erreur en excluant le financement des avortements de son initiative de Muskoka.

«On ne peut pas se contenter de l'accès des femmes à des contraceptifs, a-t-elle fait valoir. (Une femme) doit pouvoir faire des choix autonomes, avoir la liberté de choisir parmi tous les services liés à sa santé. C'est à elle de prendre les décisions qui lui conviennent le mieux à elle, à ses besoins, à sa famille, à sa situation.»

Le rapport de l'UNFPA estime que si les 222 millions de femmes avaient accès à la planification familiale, cela éviterait 54 millions de grossesses non désirées et réduirait de 26 millions le nombre d'avortements.

De plus, l'espacement des grossesses de trois à cinq ans réduit la mortalité infantile de 46 pour cent dans les pays en développement.

Les auteurs du rapport écrivent aussi que les grossesses non désirées sont un danger pour la santé des femmes mais peuvent aussi avoir des effets négatifs sur leur aptitude à bénéficier de toute une gamme d'autres droits, notamment celui à l'éducation, même en pays développés.

Aux États-Unis, la maternité chez les adolescentes réduit jusqu'à 10 pour cent la probabilité de l'obtention de fin d'études secondaires et diminue jusqu'à 2400 $ le salaire des jeunes femmes, ce qui engendre un cycle de pauvreté et d'exclusion.

L'UNFPA appelle la communauté internationale à accroître radicalement son appui financier et son engagement politique dans ce domaine.

«La planification familiale permet également de sauver des vies. Le tiers de tous les décès maternels pourrait être évité si toutes les femmes et les jeunes filles qui souhaitent contrôler le nombre et le moment de la naissance de leurs enfants avaient accès à des contraceptifs modernes,» a souligné le représentant de l'UNFPA à Ottawa François Farah.