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14/11/2012 10:24 EST | Actualisé 14/01/2013 05:12 EST

Commission Charbonneau: Yves Themens nie avoir exhibé une liasse de billets

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MONTRÉAL - Yves Themens, ingénieur chef de section à la Ville de Montréal, a été «abasourdi» d'entendre l'ingénieur Gilles Surprenant affirmer devant la Commission Charbonneau qu'il avait exhibé une liasse de billets de 100 $ devant lui, en affirmant qu'il venait de rencontrer l'entrepreneur Tony Conte, de Conex Construction.

«Je pense que je ne lui adresserai plus jamais la parole, monsieur», a lancé M. Themens au commissaire Renaud Lachance, mercredi.

Le commissaire voulait savoir comment il avait réagi quand il avait entendu M. Surprenant affirmer cela, lui qui a admis avoir touché des centaines de milliers de dollars en pots-de-vin. «Les deux bras m'ont tombé; je ne croyais pas ce que j'entendais. J'ai été abasourdi. Je ne peux me l'expliquer encore aujourd'hui», a ajouté M. Themens.

«C'est totalement faux», a-t-il martelé.

Le cadre intermédiaire a tenté de défendre sa réputation, lui qui a été suspendu par la Ville de Montréal d'abord avec solde, puis sans solde, à la suite des témoignages de l'ex-dirigeant d'Infrabec, Lino Zambito, et de M. Surprenant devant la commission.

Après avoir reçu ses lettres de suspension, M. Themens a rapporté avoir demandé à rencontrer le bureau du contrôleur pour obtenir des explications quant aux motifs de sa suspension et il a consulté un avocat en droit du travail.

«Je veux savoir ce qui se passe. Je n'ai rien à me reprocher. J'ai toujours fait un bon travail. J'ai un dossier vierge depuis 23 ans à la Ville. J'ai toujours fait un travail honnête et intègre. J'ai toujours pris les intérêts de la Ville», a-t-il clamé.

M. Themens a toutefois admis avoir reçu, voire demandé à des entrepreneurs, des billets de hockey, et avoir participé à des parties de golf.

Mais il a nié avoir accordé quelque faveur que ce soit aux entrepreneurs en construction, bien qu'il ait joué avec certains d'entre eux au golf et qu'il ait assisté à des matches de hockey grâce à leur générosité.

«Moi, dans le cadre de mon travail, je n'avais aucune possibilité de pouvoir soit favoriser quelqu'un ou faire obtenir un contrat d'aucune façon, de modifier des prix de soumissions ni d'amener aucun avantage par rapport à un autre soumissionnaire. Mon travail était administratif», a-t-il justifié.

Quand la procureure Claudine Roy lui a demandé pourquoi, alors, les entrepreneurs lui offraient des cadeaux, il a avancé que c'était «pour développer un contact à l'extérieur du cadre du travail, pour pouvoir parler aux gens sans que ce soit juste du travail, pour développer une relation».

Plus tard dans son témoignage, il a admis qu'il n'aurait pas dû accepter ces cadeaux, que cela n'était pas «approprié» et que «ça n'aurait pas dû se faire».

La juge France Charbonneau a semblé toutefois douter de sa sincérité en lui demandant pourquoi il trouvait acceptable ces cadeaux de 2004 à 2009 et pourquoi, après l'imposition d'un code de conduite aux employés en 2009, il a soudainement trouvé inacceptables ces cadeaux. «Vous n'étiez pas capable de vous conduire bien avant?» lui a-t-elle demandé avec une pointe de sarcasme.

Par ailleurs, dans le cadre de son travail d'endossement des sommaires décisionnels préparés par les ingénieurs, il a affirmé n'avoir jamais décelé de gonflements manifestes de coûts, bien que d'autres témoins aient évoqué que les coûts des travaux avaient grimpé pendant plusieurs années à cause de la collusion entre les entrepreneurs et parce que l'ingénieur Surprenant gonflait lui-même les prix unitaires des matériaux dans le système informatisé Gespro.

«Avec toutes les étapes de validation, je ne pense pas qu'on pouvait passer des niaiseries», a avancé M. Themens.

Il a confirmé avoir travaillé notamment avec l'ingénieur Surprenant pour ajuster des sommaires décisionnels pour expliquer des hausses de coûts, par exemple, mais «pas pour inventer des choses qui étaient fausses».

S'il y avait anomalie, il réclamait des justifications, des éclaircissements à l'ingénieur responsable du dossier, a-t-il témoigné. Quand celles-ci étaient obtenues, M. Themens endossait la réclamation au sommaire décisionnel et le dossier suivait son cours.

Là encore, la juge Charbonneau a semblé trouver qu'il prenait à la légère son rôle d'endossement des sommaires décisionnels. «Est-ce que je dois comprendre que plus vous étiez haut dans la hiérarchie, plus vous n'étiez qu'un 'rubber stamp'?» a demandé la présidente de la commission.

M. Themens a répondu qu'il ne lui appartenait pas de contester ou de surveiller «chacun des estimés réalisés par chacun des ingénieurs».

Michel Paquette

Après M. Themens, la commission a entendu l'agent technique surveillant de chantier Michel Paquette, qui travaillait sous l'autorité de trois ingénieurs, dont Luc Leclerc, qui a avoué avoir participé au stratagème de corruption.

Arrivé en 1993 au département de la voirie, ils sont passés de sept surveillants à un seul en quelques années. En 2005, M. Paquette était le seul surveillant de chantier et, cette année-là, il a surveillé des travaux totalisant 22 millions $.

Normalement, il surveille trois ou quatre chantiers par jour et fait la tournée de ces trois ou quatre chantiers deux fois par jour. Ses journées ont fréquemment 9, 10 ou 11 heures, a-t-il relaté.

Avec un tel fardeau de travail, il a admis à la commission avoir appris à «faire confiance» à certains entrepreneurs, particulièrement à Garnier construction, Catania et Bentec. «J'essayais d'être sur le chantier pour vérifier» ce que faisait ou rapportait l'entrepreneur comme travaux et quantités, a-t-il affirmé, mais il n'y parvenait pas toujours.

L'ex-dirigeant d'Infrabec, Lino Zambito, avait affirmé que Michel Paquette «faisait ce qu'il avait à faire» pour que le système fonctionne. Il n'avait toutefois eu qu'un ou deux projets avec lui.

M. Paquette a admis avoir lunché avec des représentants des entrepreneurs, surtout des contremaîtres et des gérants de projets sur les chantiers, mais aussi certains dirigeants de ces entreprises, souvent à l'improviste le midi.

Il a aussi admis avoir reçu des bouteilles de vin à Noël de la part des entrepreneurs. «On se sentait apprécié pour le travail qu'on faisait», a-t-il conclu.

Son témoignage se poursuit jeudi.

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