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14/11/2012 04:24 EST | Actualisé 13/01/2013 05:12 EST

Bureaucratie, insécurité, corruption: investir en Irak est un sacerdoce

Le Premier ministre Nouri al-Maliki a beau se démener pour attirer les investisseurs étrangers, entre la bureaucratie, la corruption et l'insécurité, l'Irak n'a toujours pas de quoi séduire les capitaux venus d'ailleurs, dont il a pourtant cruellement besoin.

De l'avis général, la Foire internationale de Bagdad, la plus importante de ces 20 dernières années, s'est certes terminée en beauté la semaine dernière.

Mais le nombre record d'exposants étrangers n'est pas parvenu à masquer les handicaps du marché irakien qui, dix ans après la fin du régime de Saddam Hussein, est toujours sous perfusion de l'Etat et offre une main d'oeuvre à faible qualification.

La Banque mondiale ne classe-t-elle pas l'Irak à la 165e place (sur 185) de la liste des pays où il fait bon faire des affaires?

Paré de cette étiquette peu flatteuse, Bagdad devrait avoir toutes les peines du monde à réunir les 1.000 milliards de dollars dont il dit avoir besoin pour reconstruire son économie dans les dix prochaines années.

"Pour attirer des capitaux et des entreprises, il faut des arguments positifs", explique un diplomate occidental en poste à Bagdad, sous couvert d'anonymat. "Il faut pouvoir inciter (à investir), mais (l'Irak) n'offre que des raisons" de ne pas y faire affaires, ajoute-t-il.

Et la Banque mondiale d'égrener la litanie de problèmes auxquels Bagdad est confronté: un secteur privé minuscule, un accès limité au prêt, une élite exilée, des décennies d'éloignement du commerce mondial, des réseaux électrique et hydraulique en piteux état, peu ou pas de transport...

En conclusion, note l'institution, il est "bien plus onéreux de faire des affaires en Irak que dans n'importe quel autre pays de la région".

L'Irak, qui se remet à peine d'une guerre interconfessionnelle, argue de sa bonne foi et implore les investisseurs potentiels de faire preuve de patience. "Les gens sont impatients. Ils en sont presque à nous demander de faire des miracles (...). Je compatis avec eux", explique Sami al-Araji, président de la Commission irakienne des investissements, et d'assurer que Bagdad fait son possible pour démanteler des entreprises publiques boursouflées et réformer des systèmes bancaire et judiciaire d'un autre temps. Une tâche dantesque, selon lui, au vu de l'aversion de la bureaucratie irakienne au changement.

Ce climat calamiteux pour les investisseurs ne doit cependant pas faire oublier combien le marché irakien devrait être riche en opportunités dans les années à venir, que ce soit dans les secteurs de l'électricité, des transports, de la construction, de l'agriculture, de la santé, de la défense ou de l'énergie.

"Nous sommes un pays de 30 millions d'habitants, nos infrastructures doivent être refaites à neuf, nous avons besoin de tout, de matériel, de conseils, de transports", a souligné M. Araji. "Peu de pays présentent un tel potentiel".

Mais c'est sans compter avec le facteur décisif du pétrole, dont regorgent les sols irakiens.

Car la rente pétrolière du pays, si elle accorde un pouvoir d'achat quasi-illimité à l'Irak, risque justement de freiner les ardeurs réformatrices de ses dirigeants.

Pour preuve, la semaine dernière, le gouvernement de M. Maliki a d'abord annoncé le remplacement de la carte de rationnement par des allocations mensuelles, tel que le préconisaient économistes et analystes, pour faire machine arrière cinq jours plus tard sous la pression de la rue et de certains élus.

"Tant que le pétrole continuera à couler et permettra d'alimenter le budget, rien ne bougera", résume une diplomate. "Tout ce dont (l'Irak) a besoin c'est de volonté politique. C'est tout le problème".

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