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14/11/2012 09:45 EST | Actualisé 14/01/2013 05:12 EST

A Lisbonne, la grève générale provoque des sentiments mitigés

"Vive la grève générale !", "Fin au désastre", "La Troïka, Passos : DEHORS !". Derrière ces panneaux plantés dans le centre de Lisbonne, les banlieusards tentent d'arriver à l'heure à leur travail, bravant la grève générale qui fait tourner le Portugal au ralenti.

"La grève d'aujourd'hui enregistre une adhésion plus grande que lors de la dernière grève générale en mars, tant dans le secteur privé que public", a affirmé José Manuel Oliveira, un responsable de la Fédération des syndicats de transports et communications. "L'adhésion est de 100% dans le métro de Lisbonne et la paralysie est quasiment totale dans les transports routiers, ferroviaires et fluviaux", a-t-il ajouté.

Les trains et bateaux arrivent effectivement au compte-goutte à la gare maritime et ferroviaire de Lisbonne, Cais de Sodré. Au bout d'un quai désert, Mario, un chef de gare en grève depuis hier soir déclare participer à "la lutte de tout un pays".

Arrive alors un train d'Oeiras, la banlieue ouest cossue de Lisbonne. Des centaines de voyageurs en sortent au pas de course. Pour Maria, une employée de maison brésilienne, "la grève est juste une grosse complication".

"Ca ne va pas changer grand chose", déplore désabusé Luis, un agent d'assurances trentenaire. "Je me sens bloqué, nous sommes trop pacifistes contrairement aux Espagnols ou aux Grecs. Il nous faudrait une révolution", s'échauffe-t-il. Au milieu d'une file d'attente interminable, un sans-abri harangue les usagers : "Rentrez chez vous, il n'y a pas de transports !" La circulation, dense, dément ses propos.

Résignée, une grande partie des Portugais ne semble pas croire à cette mobilisation tout en se déclarant usée par les mesures d'austérité qui les frappent depuis mai 2011 quand le Portugal a reçu une aide internationale de 78 milliards d'euros.

C'est contre ce manque d'adhésion au mouvement social que Magda de l'organisation "Que se lixe a Troika", littéralement "Que la Troïka aille se faire voir", va lutter aujourd'hui, tracts et haut-parleur en main. "Nous allons parcourir tout le centre-ville, entrer dans les magasins qui ne font pas grève pour dire de se joindre à nous et demander aux gens de ne rien acheter", explique-t-elle.

Un jour de congé supplémentaire

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A l'aéroport de Lisbonne, la situation semblait sous contrôle. De nombreux vols avaient déjà été annulés et reprogrammés et les départs de toute la journée tenaient sur trois écrans d'affichage. Parmi les quelque 70 vols maintenus, une dizaine d'entre eux affichaient "annulé".

Parmi les voyageurs, un couple de septuagénaires britanniques en partance pour Manchester, à l'aéroport depuis 5H00 locales et visiblement énervé, a été pris au dépourvu par cette grève. "On ne savait pas qu'il y avait une grève jusqu'à ce matin. Je m'en fiche des raisons de la grève. Ces grèves ne font qu'empoisonner la vie des gens normaux", s'enflamme Anthony Kenyon.

De bien meilleure humeur, deux amies suédoises se disent ravies de profiter d'un jour de congé supplémentaire. "Je ne suis pas triste du tout. On nous a dit qu'on pourrait partir demain, avec un peu de chance notre vol sera annulé aussi", espère Sani Leinonen, 38 ans.

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