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13/11/2012 04:41 EST | Actualisé 13/01/2013 05:12 EST

Le Congrès du Parti communiste chinois à l'ère des réseaux sociaux

PÉKIN, Chine - En 2007, les «tweets» et autres «mots-clics» étaient des termes pour le moins obscurs pour les délégués chinois. Cinq ans plus tard, à l'occasion du 18e Congrès du Parti communiste chinois (PCC), le gouvernement chinois annonce en grande pompe le déroulement en direct sur Twitter de la transition politique, qui devrait introniser une nouvelle génération de dirigeants. Mais les Chinois utilisent aussi les réseaux de micro-blogues pour répondre...

Les responsables du Parti ont adopté avec un enthousiasme sans précédent les réseaux sociaux, espérant qu'ils pourraient engendrer une relative excitation pour un rassemblement vu par de nombreux Chinois comme guindé et totalement dépourvu de suspense.

«L'Internet a été intégré au Congrès du Parti communiste chinois comme jamais auparavant», se glorifiait le week-end dernier l'agence de presse officielle Chine nouvelle. «Les journalistes des médias en ligne assistent au Congrès en personne.»

Parmi les 2000 délégués du Parti, des dizaines utilisent désormais les réseaux sociaux, y compris le petit-fils de Mao Zedong, pour signaler des envolées lyriques sur la croissance économique du pays ou le discours de 90 minutes du président Hu Jintao. Dans les contributions des cadres du Parti sur les réseaux sociaux, on peut trouver des images presque banales: des photos de délégués le sourire aux lèvres sur la place Tiananmen ou de la décoration florale du Grand Palais du peuple de Pékin, où se déroule le Congrès.

En 2007, lors du dernier Congrès du PCC, Twitter avait à peine un an et les «mots-clics» venaient à peine d'être introduits. L'équivalent chinois de Twitter, Sina Weibo, n'existait pas encore. Il a été lancé deux ans plus tard. À l'époque, on ne comptait que 170 millions d'internautes en Chine. Ce nombre a presque été multiplié par cinq en cinq ans et s'élève aujourd'hui à 500 millions d'internautes.

La première réaction du gouvernement chinois à la popularité spectaculaire des réseaux sociaux a été de faire usage de la censure pour filtrer certains mots et bloquer autant que possible l'accès à Twitter et Facebook. Si le gouvernement utilise toujours ces techniques, il conçoit aujourd'hui une nouvelle stratégie en devenant de plus en plus actif sur Internet et en tentant d'en prendre le contrôle de force en inondant le réseau de ses propres contenus, parfois avec un certain lyrisme.

«Sur ce lieu porteur d'une affection exceptionnelle, comment puis-je ne pas chanter, comment puis-je ne pas fondre en larmes, j'aime cette terre, le peuple, et le formidable Parti communiste chinois!», a écrit récemment Guo Mingyi, un mineur du nord-est du pays qui fait ses premiers pas en tant que délégué du Parti.

Même les médias officiels s'y mettent et publient sur les sites de micro-blogues des entrevues avec des responsables ou des mises à jour du programme du Congrès sur leur compte Sina Weibo.

Pour David Bandurski, chercheur au China Media Project de l'université de Honk Kong, les responsables chinois ont compris qu'interdire ou bloquer des contenus n'était plus efficace sur Internet et qu'étouffer les informations pouvait produire l'effet inverse, en attisant l'intérêt pour certains scandales ou certaines crises, et provoquer des rumeurs en ligne.

«On ne peut pas juste taper sur le génie pour qu'il retourne dans la bouteille», explique M. Bandurski. «Il faut aussi canaliser l'opinion publique. (...) Officiellement, ils (les dirigeants chinois) voient les médias sociaux comme la meilleure manière d'envoyer leurs informations autoritaires et même tenter d'imposer leur programme», analyse-t-il.

Mais les réseaux sociaux ne sont pas qu'un outil de propagande délivrant des messages exaltés sur la politique de Pékin. Internet est à double sens, et les Chinois s'en servent pour railler la propagande. Les internautes n'ont d'ailleurs pas manqué de se moquer des effusions exubérantes de certains délégués.

Alors qu'un journal officiel rapportait qu'une femme membre du Parti, Li Jian, avait pleuré cinq fois lors de l'allocution du président Hu Jintao, un internaute s'exprimant sous le pseudonyme de «J'achète de la sauce soya» s'est ainsi moqué d'elle sur les réseaux sociaux. «J'ai sangloté de manière incontrôlable moi aussi, à l'idée que tous ces gens étaient mes compatriotes...», a-t-il écrit.

D'autres internautes ont fait remonter à la surface les gros titres de certains journaux de 1987 évoquant le fléau des pots-de-vins et les ont mis en ligne pendant le Congrès pour montrer à quel point la rhétorique et les problèmes du Parti ont peu changé depuis.

Samedi, le petit-fils de Mao Zedong, Mao Xinyu, a envoyé un message à ses 105 943 abonnés sur Renmin Weibo, le site de micro-blogues du «Quotidien du Peuple», un journal officiel. «Les pensées de Mao Zedong seront toujours celles qui guideront l'idéologie du Parti», a-t-il écrit. Il n'a obtenu que 155 «republications», un score plus que médiocre compte tenu de la vivacité des internautes chinois. Un quasi-silence qui en dit long.