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13/11/2012 01:26 EST | Actualisé 13/01/2013 05:12 EST

La dette grecque au coeur des tensions entre le FMI et l'Europe

Le dossier grec a de nouveau mis en lumière de profondes divergences entre le FMI et l'Union européenne, qui cohabitent au sein de la troïka des créanciers mais n'arrivent pas à accorder leurs violons sur les moyens de réduire la faramineuse dette accumulée par Athènes.

Le différend qui a opposé le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, à la patronne du Fonds, Christine Lagarde, lundi soir à Bruxelles a délimité le coeur du débat: à quel moment la Grèce, sous assistance internationale depuis 2010, sera-t-elle en mesure de retourner sur les marchés pour se financer?

Au moment d'accorder un nouveau plan d'aide massif au pays, la troïka avait répondu à cette question en mars dernier en assignant à Athènes la tâche de ramener sa dette publique à 120% de son produit intérieur brut (PIB) en 2020, contre 190% prévu en 2014.

Mais lundi, M. Juncker a estimé qu'il y avait une "forte probabilité" que cette échéance soit finalement repoussée à 2022. Piquée au vif, Mme Lagarde a aussitôt fait entendre son opposition: "Nous avons des divergences (...) et nous tentons de les résoudre", a-t-elle admis.

Le désaccord n'est pas nouveau mais restait jusque-là enfermé dans le huis clos des discussions de la troïka (FMI-UE-BCE) dont le rapport final sur Athènes a de nouveau été reporté lundi, faute d'accord entre ses membres.

"C'est un clash entre la réalité politique européenne et les obligations légales du FMI", décrypte Jacob Kierkegaard, chercheur à l'Institut Peterson de Washington.

Le Fonds, qui a déjà accordé à Athènes le plus grand prêt de son histoire, n'a officiellement pas l'intention de renoncer à cet objectif de 120% en 2020, qui garantit, selon lui, un niveau de dette "soutenable" et acceptable par ses 188 Etats-membres.

Et pour y parvenir, l'institution n'envisage qu'une seule option: les Européens doivent s'engager dès maintenant à effacer, d'une manière ou d'une autre, une partie de la dette grecque qu'ils détiennent.

Une autre question brûlante se pose: les dirigeants de l'Eurogroupe ont jugé lundi "approprié" d'accorder un délai supplémentaire à la Grèce pour redresser ses comptes publics, sans toutefois expliquer comment le pays se financerait pendant cette période.

"Je pense qu'une certaine forme de soutien additionnel ou d'allègement (de dette, ndlr) en provenance du secteur public de la zone euro sera probablement nécessaire", a déclaré à l'AFP Paulo Nogueira Batista, représentant du Brésil et de dix autres pays au conseil d'administration du FMI, excluant toute contribution de la part du Fonds.

"Le Fonds a déjà prêté d'immenses sommes d'argent à la Grèce (...) et je ne soutiendrai aucune demande visant à accroître le soutien du FMI à la Grèce", a-t-il déclaré, précisant qu'il ne s'exprimait pas au nom du Fonds.

La question est sensible pour les Européens. Un effacement de dette ou un nouveau plan d'aide pourraient être perçus comme un signe de laxisme difficile à justifier, spécialement en Allemagne à un an des élections législatives.

"L'Europe ne veut pas politiquement reconnaître que la Grèce a besoin d'un allègement de dette maintenant", assure M. Kierkegaard, selon qui certains pays veulent obtenir un sursis en espérant que l'économie grecque redémarre et que cette restructuration leur soit moins coûteuse.

Ce désaccord persistant au sein de la troïka n'est pas sans conséquences: il retarde le versement à Athènes d'une nouvelle tranche d'aide de plus de 30 milliards d'euros à un moment critique pour le pays.

Le ministre des Finances grec, Yannis Stournaras, a affirmé mardi que le risque de faillite du pays était désormais "très élevé".

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