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12/11/2012 05:42 EST | Actualisé 12/01/2013 05:12 EST

L'Irak s'enflamme autour du destin de la carte de rationnement

Entre les réformes préconisées par économistes et analystes et la volonté de ne pas déplaire à l'électorat populaire, le gouvernement irakien est embourbé dans une controverse autour de la carte de rationnement, qu'il a voulu supprimer, pour se dédire quelques jours plus tard.

Acculé par une opinion publique frondeuse, le gouvernement de Nouri al-Maliki a finalement décidé dimanche de revenir sur sa décision de remplacer la carte par une allocation mensuelle. Pour justifier cette mesure infiniment impopulaire, il arguait de la "corruption" qui gangrenait ce généreux système de distribution grâce auquel les Irakiens peuvent acheter farine, riz, sucre et huile à des prix symboliques.

A la place, Bagdad veut désormais donner le choix aux Irakiens entre l'ancien système, mis en place sous Saddam Hussein en 1991 pour contrer les effets de l'embargo, et un coup de pouce financier de 25.000 dinars (environ 20 dollars) par personne et par mois.

Une reculade qui fait frémir Kamal al-Basri de l'Institut irakien pour la réforme économique. "C'est ridicule! Nous attendons (la suppression de la carte de rationnement) depuis 2004. C'est une réforme majeure et elle doit être mise en oeuvre", explique-t-il à l'AFP.

D'ailleurs, M. Maliki a raison de parler de "corruption" selon lui. "Oui, il y a de la corruption, des +fuites+. La longue chaîne de distribution (des produits) n'est pas totalement limpide. Il y a des +fuites+ à chaque étape", tonne-t-il. Mais pour M. Basri, la carte de rationnement a surtout pour effet de "brider le secteur privé".

Plus globalement c'est le fardeau financier que supporte l'Etat irakien qui fait bondir les économistes.

L'ONU expliquait dans un rapport sorti l'an dernier que la carte de rationnement pesait 7% du budget total du pays, bien plus que les enveloppes consacrées à l'Education ou la Santé.

Le Fonds monétaire international (FMI) préconisait quant à lui en 2010 d'"exclure dans un premier temps les plus hauts revenus de la carte de rationnement et de réduire le nombre et le volume de biens proposés" aux Irakiens.

Au final, une allocation financière est probablement la moins mauvaise des solutions, car elle "responsabilise les citoyens. Cela leur permet de faire leurs propres choix", comme le souligne une diplomate en poste à Bagdad.

Mais dans un pays où 23% de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon le ministère irakien du Plan, supprimer ce vestige de l'ère Saddam Hussein --ou même le transformer-- a un "prix politique" que Nouri al-Maliki n'est pas forcément prêt à payer, ajoute-t-elle.

Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à se rendre à Camp Sarah, un quartier de Bagdad à majorité chrétienne qui sent l'abandon. Les trottoirs sont défoncés, deux fillettes fouillent les ordures, les fils électriques pendouillent à hauteur d'homme.

Depuis deux décennies, les habitants de Camp Sarah sont habitués à vivre grâce à la carte de rationnement --en fait une fiche rose. La liste des produits proposés à certes minci, mais elle permet toujours aux plus pauvres de se nourrir.

Alors si on lui donne le choix, Amira Ismaïl veut s'accrocher coûte que coûte à la carte de rationnement.

"Mon mari est chauffeur de taxi. Comment va-t-il subvenir à nos besoins si la carte de rationnement est supprimée? C'est une catastrophe. Qu'est ce qu'il va faire? Il va devenir terroriste pour gagner sa vie?", lance-t-elle.

Un peu plus loin, sur un bout de trottoir, Ramzia Namroud balaye du revers de la main l'offre du gouvernement de lui verser une aide mensuelle, car, dit-elle, "les prix des aliments vont augmenter".

gde/sw