NOUVELLES
12/11/2012 06:11 EST | Actualisé 12/01/2013 05:12 EST

Le rêve paralympique n'a rien changé au terne quotidien d'Ahmed Naas

Le 7 septembre à Londres, Ahmed Naas a décroché une médaille d'argent aux jeux Paralympiques, sous les acclamations de milliers de spectateurs: puis il est rentré chez lui en Irak, où absolument rien n'a changé dans sa vie.

"Je pensais que je serais un roi du sport en Irak. Je pensais que je vivrais comme un roi, que je serais un symbole pour l'Irak", raconte ce jeune homme de 20 ans, qui souffre de nanisme, dans sa ville de Batha, au sud de Bagdad.

Mais malgré ses 33.000 dollars de primes, Ahmed Naas travaille toujours à l'échope familiale de fruits et légumes, s'entraîne toujours dans des conditions spartiates et vit toujours avec son père, sept frères et sa famille élargie dans une petite maison.

A Londres, il a lancé son javelot à 43,27 m, établissant temporairement un record du monde dans la catégorie F40. Sous les vivats de la foule du Stade olympique, il a fait une série de roues et dressé son poing en l'air pour exprimer sa joie.

Une seule médaille olympique

Certes, ce record a été battu peu après par le Chinois Wang Zhiming, en or. Mais la médaille d'argent reste un résultat impressionnant pour un athlète qui ne s'était mis au javelot que récemment.

En 2009, il avait même cessé le sport pendant un an. Un entraîneur ne l'estimait pas assez costaud. Mais après des résultats impressionnants en début d'année dans des compétitions locales, il a réussi à intégrer l'équipe paralympique irakienne, et des camps d'entraînement à Bagdad, dans le nord de l'Irak et en Turquie.

Sa médaille vaut cher pour le palmarès olympique de son pays, qui n'a remporté qu'une seule médaille de bronze dans l'histoire des JO et un total de huit médailles paralympiques, dont deux d'argent et une de bronze à Londres.

Mais il semble être le seul à le penser: "Je suis revenu à la même vie. Même quand je suis rentré en Irak, à l'aéroport, il n'y avait personne pour m'attendre. J'ai pris un taxi pour rentrer de Bagdad, tout seul. Tout le monde s'en fichait!"

A Batha, ses proches lui ont certes réservé trois jours de fêtes, et des gens de toute la ville sont venus le féliciter. "Mais après le troisième jour, tout était fini. Je suis retourné travailler, je suis redevenu ce bon vieux Ahmed", raconte-t-il en écrasant une larme.

"C'est dur pour moi d'accepter le fait qu'après tout ce que j'ai réussi, je sois obligé de retourner à mon ancien boulot. J'étais très fier de moi. Je pense que je mérite mieux", ajoute-t-il.

Cinq jours par semaine, Ahmed Naas tient l'échope familiale, dont il tire avec ses trois frères entre 15 et 25 dollars par jour. Avec ses primes, il a acheté un petit terrain.

A côté, des enfants jouent dans des terrains vagues jonchés de détritus, et des égouts à ciel ouvert passent devant les maisons du quartier, dont beaucoup sont ornées de portraits de figures de l'islam chiite.

Faute de pouvoir se payer des équipements d'entraînement ou un abonnement à une salle de gym, Ahmed Naas s'entraîne sur le toit de la maison familiale, avec un "medecin ball" donné par un entraîneur et des haltères bricolés au moyen d'un tuyau et de boîtes de conserve remplies de ciment.

Il marche ensuite une demi-heure, même dans la chaleur étouffante de l'été irakien, pour rejoindre son terrain d'entraînement: une bande de terre poussiéreuse entre la route principale et la voie ferrée.

C'est là qu'il lance son javelot, avec l'aide de l'un de ses frères pour le récupérer, mais sans équipement précis pour mesurer ses lancers. "Est-ce que c'est digne d'un champion? Non", insiste-t-il en écrasant une autre larme.

psr/fc/sw/ol/sk