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12/11/2012 02:29 EST | Actualisé 12/01/2013 05:12 EST

Israël vise des cibles en Syrie après la chute d'un obus sur le plateau du Golan

JÉRUSALEM - Des chars israéliens ont atteint un lance-roquettes syrien lundi après la chute d'un obus de mortier syrien en territoire israélien, le premier affrontement direct entre les deux pays voisins depuis le début du soulèvement en Syrie, en mars 2011.

La confrontation fait craindre que la guerre civile syrienne ne déborde en Syrie, un scénario qui aurait de graves conséquences pour la région. Le conflit en Syrie a déjà eu des répercussions au Liban, en Jordanie et en Turquie.

Lundi, un avion de combat syrien a bombardé à trois reprises une zone contrôlée par les rebelles près de la frontière avec la Turquie, tuant de 15 à 20 personnes, selon un responsable turc. Huit Syriens blessés ont succombé à leurs blessures en Turquie, d'après ce responsable, qui a réclamé l'anonymat parce qu'il n'était pas autorisé à s'adresser aux médias.

Même si les autorités israéliennes pensent que Bachar el-Assad n'a aucun intérêt à déclencher un conflit avec Israël, ils craignent que le président syrien contesté tente d'attirer les forces israéliennes dans le conflit s'il sent que ses jours sont comptés.

«Nous surveillons attentivement ce qui se passe et nous répondrons de façon appropriée. Nous ne tolérerons pas de violation de nos frontières et de tirs contre nos citoyens», a déclaré lundi le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou lors d'un discours devant les ambassadeurs étrangers en Israël.

Une éventuelle implication d'Israël dans le conflit en Syrie pourrait être explosive. Les deux voisins ennemis possèdent tous les deux une force aérienne, des chars et des arsenaux de missiles et d'autres armes.

Même si l'armée israélienne est plus moderne et puissante que l'armée syrienne, la Syrie possède des armes chimiques qui pourraient provoquer de lourds dégâts si elles étaient déployées. Un affrontement entre les deux pays pourrait aussi attirer dans le conflit le Hezbollah libanais ou des groupes extrémistes palestiniens de la bande de Gaza.

L'analyste politique israélien Dore Gold, un proche conseiller du premier ministre Nétanyahou, pense que ni Israël ni la Syrie n'ont intérêt à s'affronter directement.

«Je ne vois aucun signe que Bachar el-Assad veut attirer Israël dans le conflit. Mais si la violence vient de l'armée syrienne, ou de forces alliés à Al-Qaïda opérant en Syrie, Israël devra faire le nécessaire pour s'assurer que le conflit ne déborde pas sur le territoire israélien», a-t-il dit.

Il a qualifié la réaction militaire israélienne de lundi de «réponse soigneusement calibrée».

«D'un côté, (cette réponse) montre la détermination d'Israël à protéger ses citoyens, et en même temps, elle montre qu'Israël ne veut pas être attiré dans le conflit», a estimé M. Gold.

Israël surveille depuis des mois le déroulement du conflit en Syrie et tente soigneusement d'éviter toute implication. L'armée israélienne se trouve dans une position difficile alors que les combats font rage près du plateau du Golan, un territoire stratégique annexé par Israël après la guerre de 1967.

Plusieurs obus de mortier sont tombés sur le plateau du Golan au cours de la dernière semaine. Au début du mois, des chars syriens ont franchi accidentellement la zone tampon de la frontière avec Israël, pour la première fois en près de 40 ans.

Israël a répliqué pour la première fois dimanche, en tirant un coup de semonce en territoire syrien après la chute d'obus de mortier près d'un poste militaire israélien. L'armée israélienne a prévenu qu'elle répliquerait plus durement si les attaques se poursuivent.

Dans l'incident de lundi, l'armée israélienne a rapporté avoir mené des «frappes directes» contre un lance-roquettes mobile syrien après la chute d'un autre obus de mortier sur le plateau du Golan. L'armée n'a pas dit si le lance-roquette appartenait à l'armée syrienne, précisant seulement avoir visé «la source des tirs».

L'armée israélienne pense que les tirs de mortiers étaient accidentels et ne visaient pas le territoire israélien. Mais des responsables commencent à se demander si cette hypothèse tient toujours la route après les incidents répétés à la frontière avec la Syrie.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme, une organisation de l'opposition établie à Londres qui s'appuie sur un réseau de sources sur le terrain, a confirmé l'incident de lundi dans la région du plateau du Golan. Selon l'organisation, trois rebelles ont été tués dans des affrontements avec l'armée syrienne à Bir Ajam.

L'agence de presse officielle syrienne SANA n'a pas fait mention des combats dans la région ni des tirs des forces israéliennes.