NOUVELLES
12/11/2012 04:49 EST | Actualisé 12/01/2013 05:12 EST

Charbonneau: un premier cadre admet avoir reçu des cadeaux des entrepreneurs

MONTRÉAL - Un cadre intermédiaire au service des travaux publics de la Ville de Montréal, Gilles Vézina, a à son tour admis, lundi, devant la Commission Charbonneau, avoir reçu divers cadeaux de la part d'entrepreneurs en construction, comme des billets de hockey, des repas au restaurant et des tournois de golf. Mais il a juré que cela n'a jamais affecté son impartialité.

Cet ingénieur chef d'équipe a aussi admis avoir participé à une fête d'anniversaire dans la famille des entrepreneurs en construction Frank et Paolo Catania, chez ce dernier à Piedmont. Il s'est aussi rendu à un mariage de la fille de l'entrepreneur Nicolo Milioto, où il lui a offert un cadeau de 300 $.

Il a également admis s'être rendu à plusieurs reprises à une épluchette de blé d'Inde chez Frank Catania à Brossard. Cet entrepreneur était le voisin de Luc Leclerc, un ingénieur chargé de projets sous l'autorité de M. Vézina, et qui a déjà admis, devant la commission, avoir touché au moins 500 000 $ en pots-de-vin d'entrepreneurs.

Et malgré toutes ces admissions quant à ses relations avec les entrepreneurs en construction, M. Vézina a assuré qu'il n'y avait là qu'une «relation d'affaires» normale dans les circonstances. Il n'a donc vu aucun problème dans le fait qu'il soit le cadre qui affecte à des projets de construction les ingénieurs et les surveillants de chantiers.

C'est lui qui désignait Luc Leclerc, par exemple, et son surveillant de chantier pour tel chantier mené par tel entrepreneur.

Et c'est aussi lui qui devait arbitrer en cas de différend entre son ingénieur surveillant de chantier et un entrepreneur en construction. Il arrivait qu'un entrepreneur lui dise: «J'ai un problème avec tel ingénieur; il y a un montant qu'il ne veut pas me payer». Et lui arbitrait pour régler le tout à la satisfaction de tous, a-t-il témoigné.

«En aucun temps, avec tous ces avantages-là qu'on a eus, ça n'a changé mon opinion ou ma décision sur quelque dossier que ce soit pour avantager un entrepreneur. Moi, je n'ai jamais fait ça», a-t-il assuré à la nouvelle procureure de la commission, Claudine Roy.

Fait à noter, M. Vézina, un ingénieur chef d'équipe, a été suspendu par la Ville de Montréal, d'abord avec solde, puis sans solde, après que de précédents témoins l'eurent mis en cause dans le stratagème de corruption. Il a 50 ans d'expérience.

Malgré son statut de patron, M. Vézina a cherché, dès le début de son témoignage lundi, à atténuer son rôle de supervision des ingénieurs. Il a ainsi soutenu que s'il n'avait pas approuvé une réclamation qui lui était présentée par un ingénieur, ce dernier aurait pu court-circuiter la lignée hiérarchique et obtenir l'approbation d'un autre supérieur. Interrogé par le commissaire Renaud Lachance, il n'a toutefois pu citer qu'un seul cas où il a refusé de signer une réclamation présentée.

Mais en 2009, les choses ont changé après que des «Directives pour autorisation de changement» eurent été émises. Celles-ci stipulaient qu'à partir d'un certain montant, les réclamations de paiements nécessitaient d'autres signatures de chefs de section ou de chefs de division. M. Vézina n'était plus seul à autoriser ces changements.

De plus, en juillet 2009, un code de conduite a été imposé et les employés du département de la voirie ont dû désormais refuser tous les «à-côtés» — tournois de golf, billets de hockey, repas au restaurant et autres cadeaux.

«Marcil a dit: 'on arrête tout ça là' », a témoigné M. Vézina.

Robert Marcil était à l'époque le chef de la division de la voirie, le grand patron du service.

«J'imagine qu'ils ont dû voir de l'abus», a lancé M. Vézina, pour expliquer candidement l'adoption de ce code de conduite.

M. Vézina poursuit son témoignage ce mardi.