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10/11/2012 04:42 EST | Actualisé 09/01/2013 05:12 EST

Abou Abdou, l'enseignant devenu contrebandier pour la rébellion syrienne

Enseignant devenu trafiquant d'armes et contrebandier, Abou Abdou est un intermédiaire déterminé qui permet à la rébellion syrienne de poursuivre son action grâce aux routes de contrebande qui traversent la frontière turque.

Quand les brigades en guerre contre le régime de Bachar al-Assad ont besoin de talkies-walkies, de téléphones, de gilets par balle, d'armes ou de munitions, Abou Abdou est l'homme de la situation.

Ce n'est pas lui qui se fraie un chemin à travers les oliviers du no man's land de la frontière, chargé de marchandises de contrebande et esquivant les soldats turcs, mais il connaît les Turcs qui vendent et les Syriens qui achètent. Et les clients ne manquent pas.

"L'essentiel de mon travail est de mettre les gens en contact. Si quelqu'un a besoin de quelque chose quelque part, je le mets en contact avec quelqu'un qui peut le lui fournir", affirme-t-il à l'AFP, à la frontière syro-turque.

Il a ainsi acheté des appareils de communications pour la direction de l'Armée syrienne libre (ASL), qui regroupe des déserteurs et des civils ayant pris les armes pour combattre les forces du régime de Bachar al-Assad.

Il pourvoit en armement et en munitions les commandants des brigades des provinces d'Idleb et d'Alep dans le nord, mais procure aussi des poêles à bois à ses voisins qui veulent faire des économies sur leur facture énergétique.

Les barrages militaires du régime, les frappes aériennes et les bombardements rendent les routes d'approvisionnement des rebelles dangereuses et imprévisibles.

"Si vous apportez des tentes à des réfugiés par exemple et que l'on vous arrête à un barrage (des forces du régime), on vous accusera de vouloir créer un camp d'entraînement" rebelle, explique-t-il.

Les sanctions internationales qui touchent la Syrie signifient également que des aliments de base ou des articles de premier secours doivent être acheminés de l'étranger.

"Si la Turquie voulait surveiller sa frontière plus attentivement, les rebelles perdraient en dix jours, car c'est par là que tout passe" résume Abou Abdou.

Le transport des marchandises s'effectue tôt le matin, lorsque les gardes-frontières turcs sont absents ou lorsqu'ils effectuent leur changement de garde.

"Tout ce dont nous avons besoin pour les camps -téléphones, couvertures, tapis, nourriture- vient de Turquie. A cause des sanctions, personne ne peut transférer de l'argent à une banque syrienne. Nous faisons donc appel à l'aide des Turcs pour nous procurer de l'argent", précise-t-il.

Si le contrebandier turc prend 5 dollars pour chaque article transporté, Abou Abdou assure ne pas tirer profit des opérations, indiquant être motivé par son rêve de voir la Syrie devenir "un pays démocratique où les droits de tous sont respectés".

Mais sa mission est dangereuse et à plusieurs reprises les problèmes ont été évités de justesse.

Comme lorsqu'il attendait la livraison de cinq appareils satellitaires permettant de se connecter à internet, d'une valeur de 1.100 dollars pièce.

"Les soldats nous ont arrêtés. J'attendais les appareils. J'ai parlé à l'officier en personne, et il m'a dit +soit tu pars maintenant, soit je t'arrête pour contrebande+. Nous avons perdu les appareils", se rappelle-t-il en souriant.

Il se souvient aussi d'une autre fois où il était passé près d'un barrage militaire, alors qu'il transportait un homme blessé, de la Turquie à la ville de Taftanaz (nord).

"Nous avons fait demi-tour à temps, en les saluant et en leur faisant signe que nous nous étions trompés. Ils ont dû croire que nous étions avec le régime car ils ne nous ont pas arrêtés" affirme-t-il.

Même s'il a entendu parler d'armes turques achetées avec des fonds saoudiens ou qataris et transportées illégalement à travers la frontière, il déclare n'en avoir vu aucune, insistant sur le fait qu'en Syrie, les rebelles ont si peu d'armes qu'ils se les rachètent entre eux.

Dans des zones plus calmes, les kalachnikovs, les lances roquettes et les mitrailleuses sont moins chères et plus facilement disponibles, indique-t-il, soulignant que les armes venues d'Irak sont les moins chères et de meilleure qualité.

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