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09/11/2012 05:52 EST | Actualisé 09/01/2013 05:12 EST

Irak: l'ex-chef de la Banque centrale dénonce la mainmise du gouvernement

L'ancien gouverneur de la Banque centrale irakienne, limogé le mois dernier, a dénoncé dans un entretien à l'AFP les charges à son encontre, tout en accusant le gouvernement irakien de vouloir faire main basse sur les réserves de l'institution.

Sinane al-Chabibi a été suspendu le 16 octobre par l'organisme officiel de lutte contre la corruption, et des mandats d'arrêts ont été émis contre lui et d'autres dirigeants de la banque dans le cadre d'une enquête sur de possibles manipulations de la valeur du dinar par rapport au dollar.

Ces décisions font suite à d'autres qui ont été dénoncées par M. Chabibi comme une volonté de fragiliser l'indépendance de la Banque centrale irakienne (BCI). En juillet, la cour suprême avait ainsi placé l'institution sous la tutelle du gouvernement, plutôt que du Parlement.

Dans un entretien accordé à l'AFP, M. Chabibi a assuré que "depuis 2009, ils (les autorités) voulaient me renvoyer".

"Le gouvernement voulait s'emparer d'une partie de l'argent de la Banque centrale (...). Bien évidemment, la loi régissant le fonctionnement de la Banque centrale ne le permet pas", a-t-il souligné depuis Genève.

Le cabinet du Premier ministre Nouri al-Maliki assure n'être pour rien dans le renvoi de M. Chabibi. Mais observateurs et analystes s'accordent à dire que cette décision illustre la volonté de M. Maliki de renforcer sa mainmise sur les institutions.

Au moment de la suspension de M. Chabibi, les autorités ont mis en avant le taux de change du dinar par rapport au dollar. Mais, selon lui, le gouvernement a bénéficié d'un taux stable ces dernières années.

Le gouvernement "explique qu'il y a des différends sur la politique de taux de change. Mais je ne pense pas que cela mérite de suspendre le gouverneur de la Banque centrale", a-t-il poursuivi.

Il s'est enfin dit "certain" que les accusations portées et le mandat d'arrêt à son encontre altéraient l'indépendance de l'institution.

M. Chabibi, 70 ans, gouvernait la BCI depuis 2003. Les analystes le décrivaient comme un technocrate compétent qui s'est battu pour préserver l'indépendance de la Banque centrale.

Lors de l'entretien avec l'AFP, il a fait part de sa volonté de rentrer en Irak, à condition que le mandat d'arrêt soit levé.

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