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07/11/2012 10:45 EST | Actualisé 07/01/2013 05:12 EST

A Damas plongée dans la guerre, la victoire d'Obama suscite l'indifférence

Dans les rues de Damas, où le canon tonne en continu, les passants, favorables ou hostiles au régime syrien, affichent une indifférence mêlée d'irritation à l'évocation de la réélection du président américain Barack Obama.

"Durant son premier mandat, il n'a rien changé. Il ne fera pas avancer les choses durant les quatre prochaines années", assure Oum Omar, 34 ans, qui promène ses deux enfants sur une place de la capitale, où des touffes d'herbe échappent par endroits des dalles de pierre mal entretenues.

Le chef d'Etat américain a le triste privilège de coaliser contre lui une grande majorité de Syriens.

Les partisans de Bachar al-Assad l'accusent d'avoir appelé à plusieurs reprises au départ de leur président et le soupçonnent d'aider les rebelles à le faire tomber. Les opposants eux lui reprochent de n'avoir rien fait, malgré ses mots d'encouragement, pour leur donner le coup de pouce nécessaire afin de prendre l'avantage décisif sur l'armée régulière.

"La politique de Washington restera la même, Obama ne peut rien faire, il manque de volonté", affirme Abou Ismaïl, 82 ans, qui confie ne vivre que d'aumônes.

Ce miséreux, qui habite sur le mont Qassioun où sont installées les batteries bombardant la banlieue rebelle, fustige "la politique américaine au Proche-Orient qui a ruiné et massacré l'Irak sous le mandat de l'ancien président George W. Bush".

Le président Bush avait donné l'ordre en mars 2003 à son armée d'envahir l'Irak, pays voisin de la Syrie et dirigé d'une main de fer par l'ancien dictateur Saddam Hussein, qui sera exécuté en décembre 2006. Cette invasion coûtera une fortune à Washington et plus de 4.000 de ses soldats ainsi que des dizaines de milliers d'Irakiens périront à cause des voitures piégées et des massacres confessionnels.

Pour Yazan, un fonctionnaire de 24 ans qui soutient le pouvoir, "Obama n'a rien à voir avec nous, c'est le peuple syrien qui déterminera son sort. Qu'il nous laisse tranquille, nous règlerons nos problèmes nous-mêmes".

Il laisse échapper sa colère en jurant que le locataire de la Maison Blanche ferait mieux de s'occuper des "innocents" qui tombent dans les explosions meurtrières quasi-quotidiennes à Damas.

La capitale a glissé inexorablement dans la guerre. Ceinturée par une banlieue dont la partie pauvre est aux mains des rebelles, ses habitants commencent à perdre l'espoir d'une issue rapide.

Foulard blanc et manteau noir, Oum Malek, 57 ans, penche sans ambages en faveur de l'opposition. "Jusqu'à présent, Obama n'a rien fait pour le peuple syrien. Pourquoi voulez-vous qu'il intervienne maintenant?", dit cette femme originaire de Kanaker, un ville rebelle sur le plateau du Golan, à 50 kilomètres au sud de Damas.

Dans sa bijouterie, Fateh est aussi dubitatif. "Son élection ne fera rien avancer. Avant il n'était pas efficace, et il ne le sera pas plus aujourd'hui. Il ne sera d'aucune utilité pour nous".

Les autorités syriennes, dont les rapports sont exécrables avec les Etats-Unis depuis le début de la révolte qui a fait 37.000 en près de 20 mois, ont, elles, évité de réagir à chaud, mais les médias officiels ont tous ouvert leur bulletin d'informations sur cette victoire.

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