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06/11/2012 03:51 EST | Actualisé 06/01/2013 05:12 EST

«Au hasard la chance»: les étonnants destins de Ti-Lou

MONTRÉAL - Michel Tremblay caressait depuis longtemps le projet d'écrire un roman sur la «synchronicité».

«L'influence que j'ai eue, qui n'est pas loin du plagiat, dans la structure, c'est un film de 'La terrasse', d'Ettore Scola», lance en rigolant le prolifique auteur en faisant référence à ce long métrage italien sorti en 1980.

Les années ont passé. Et au fil du temps, «avec l'âge», Michel Tremblay a commencé à s'intéresser à ces hasards qui influencent le cours de nos vies.

«Quand on est jeune, on pense que le hasard n'existe pas, qu'on a le contrôle sur sa vie, sans penser à quel point on dépend des rencontres qu'on va faire», suggère-t-il. «Mais au fond, on est, dès la naissance, le produit d'un hasard, et notre vie est faite de hasards, des rencontres.»

Lorsque l'idée d'écrire un roman sur les rouages du destin a germé, l'an dernier, Michel Tremblay voyait un homme au centre de son récit.

«En arrivant à Key West (en Floride, où il se rend invariablement à chaque année), je ne le voyais pas, lui. Je ne voyais pas qui c'était. Et si c'était un nouveau personnage, il y avait tout un travail de déblayage à faire, j'aurais dû perdre 50 pages à le décrire», relate l'auteur, installé dans les bureaux montréalais de son agence, rue Sherbrooke Est.

C'est là qu'il a pensé à Ti-Lou, alias «la Louve d'Ottawa», qu'il voyait bien «s'enfermer comme une carmélite déchaussée et finir sa vie avec ses deux valises pleines d'argent» après avoir passé des années à procurer du plaisir à ces messieurs de la haute dans sa «sweet» royale du Château Laurier.

Comme plusieurs personnages qui peuplent l'univers littéraire de Michel Tremblay, Ti-Lou est inspirée d'un personnage réel.

«C'était la soeur cadette de ma grand-mère. Je l'ai visitée deux fois dans son appartement du boulevard Saint-Joseph quand j'étais enfant», se souvient-il. «Elle avait fait carrière à Ottawa et on appelait réellement 'la Louve d'Ottawa'. Quand j'étais enfant, je ne savais pas ce que ça voulait dire. Les adultes de ma famille la snobaient et la fréquentaient peu, parce qu'on disait que c'était une femme de mauvaise vie.»

Bref, c'est donc Ti-Lou qui, en 1925, décide sur un coup de tête de quitter sa cage dorée du chic Château Laurier pour se rendre à Montréal et laisser «Au hasard la chance».

Michel Tremblay lui a imaginé cinq destins différents: l'amitié, la complicité, la haine, la mort et l'amour. Ti-Lou les explorera — jamais passivement — en fonction des réponses qu'elle obtiendra aux cinq questions différentes qu'elle pose toujours au même «groom» qu'elle aperçoit lorsque s'ouvrent les portes de l'ascenseur de l'hôtel Windsor.

«J'aimais bien cette idée-là qu'en arrivant à Montréal, selon la question qu'elle posait et la réponse qu'elle obtenait, son destin allait changer, mais pour le lecteur», explique-t-il.

Au lecteur, évidemment, de choisir le dénouement qu'il préfère. L'auteur, pour sa part, reconnaît que le dernier est son favori. «Je lui ai fait une fleur avec la dernière histoire», admet-il.

Michel Tremblay affirme qu'il a eu, comme toujours, un malin plaisir à écrire cet ouvrage. Et malgré les dizaines de romans et de pièces de théâtre qu'il a derrière la cravate, il ressent toujours un certain stress au moment de se mettre au travail dans son bureau de Key West.

«J'ai toujours beaucoup de plaisir à écrire (...) Je suis très content, chaque matin, d'avoir un petit trac, de savoir où je m'en vais mais de ne pas savoir comment ça va sortir. C'est le dernier cadeau que je me garde, après la gestation et l'hésitation.»

«Au hasard la chance» sera en librairie ce mercredi. Michel Tremblay, lui, sera au Salon du livre de Montréal pour le présenter à ses lecteurs. Il s'agira, pour l'écrivain, d'une 35e participation en autant d'années.

L'auteur s'envolera ensuite pour la Floride afin de plancher sur son prochain roman, qui devrait s'intituler «Les clés du ciel, les clés de l'enfer», et qui s'intéressera à l'adolescence montréalaise d'Édouard, connu comme «la duchesse de Langeais».