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05/11/2012 11:35 EST | Actualisé 05/01/2013 05:12 EST

"Les partis américains collectent des centaines d'informations par électeur" (expert)

La différence entre la campagne présidentielle française et la campagne américaine réside dans le ciblage extrêmement sophistiqué des électeurs aux Etats-Unis, explique Nicolas Princen. Responsable de la campagne web de Nicolas Sarkozy en 2012 et ancien conseiller technique en charge du numérique à l'Elysée, Nicolas Princen a été invité à Washington par un think tank dans la dernière ligne droite de l'élection présidentielle.

Q: La campagne présidentielle américaine que vous observez est-elle en avance sur la campagne française sur internet ?

R: "Entre la campagne française de 2007 et la campagne américaine de 2008 il y avait un vrai saut qualitatif. En 2012, on ne peut pas dire ça: énormément a été fait en France entre 2007 et 2012, à gauche comme à droite. Les campagnes françaises et américaines ont toutes les deux été marquées par l'utilisation massive des réseaux sociaux et l'utilisation d'internet non pas seulement pour communiquer mais aussi pour organiser la campagne avec l'intégration des campagnes online et offline. Il n'y a plus d'un côté la campagne "virtuelle" sur Internet et de l'autre la campagne "réelle" sur le terrain quand par exemple une application mobile permet au citoyen engagé de savoir où aller pour militer, quels arguments mobiliser pour défendre son candidat etc.

Q: Pourquoi le ciblage des électeurs est-il beaucoup plus poussé aux Etats-Unis qu'en France ?

R: "Les partis politiques américains collectent entre 200 et 400 informations par électeur. Ils savent tout de vous, la marque de votre voiture, l'école de vos enfants, les magazines que vous lisez, si vous avez un chien. Cette collecte d'information permet d'envoyer des informations ciblées. La grande différence c'est que les partis américains peuvent acheter des bases de données commerciales et pas les Français. En France l'achat de données commerciales est interdit pour les partis politiques, ce qui est une bonne chose à mon avis car cela assure un plus grand respect de la vie privée des citoyens et protège notre démocratie des excès d'une politique conduite "à la demande" en fonction du vote présumé des seules minorités qui peuvent comptablement faire basculer l'élection.

En France, les seules données que les partis peuvent utiliser sont celles que les internautes ont bien voulu leur donner. C'est plus exigeant pour les équipes de campagne. Il n'y a pas de raccourci, il faut toucher les électeurs et les convaincre un par un pour obtenir les informations nécessaires au ciblage et à la mobilisation. C'est cette contrainte démocratique, justifiée, qui pousse les campagnes françaises à être étonnamment innovantes aux yeux des anglo-saxons".

Q: En matière de ciblage des électeurs, les démocrates semblent en avance sur les républicains ?

R: "Les républicains avaient pris beaucoup d'avance dans la collecte des données avant même l'arrivée du digital, en faisant un travail précis dans les années 70 et 80. Les démocrates ont rattrapé leur retard en quelques années, grâce à internet. Quand il a pris la tête du parti démocrate en 2005, Howard Dean, candidat malheureux aux primaires démocrates de 2004, a développé une large stratégie de centralisation des données qui a profité à Obama en 2008".

(Propos recueillis par Stéphane JOURDAIN)

sj/jca