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05/11/2012 07:45 EST | Actualisé 05/01/2013 05:12 EST

Le prix Femina a été attribué à «Peste & Choléra» de Patrick Deville

PARIS - Patrick Deville a séduit lundi le jury du prix Femina avec «Peste & Choléra» (Le Seuil), roman relatant le destin épique d'Alexandre Yersin, chercheur explorateur formé par Louis Pasteur, découvreur du bacille de la peste en Asie.

Le Femina étranger a été décerné à l'auteure américaine d'origine japonaise Julie Otsuka qui s'inspire également d'une histoire vraie dans «Certaines n'avaient jamais vu la mer» (Phébus), celle du douloureux exil de jeunes femmes japonaises mariées à des compatriotes immigrés en Californie au début du XXe siècle.

«C'est magnifique», s'est exclamé Patrick Deville, qui a pris le temps de saluer chacun des douze membres du jury exclusivement féminin réuni au Crillon, à Paris.

«Je me réjouis que davantage de lecteurs encore rencontrent ce livre et puis les précédents et les suivants parce que les prix mettent les livres en valeur», a noté l'auteur, rappelant qu'«il y avait des remarques disant que ce sont des livres de garçons pour les garçons, ce qui est absolument faux, la preuve en est!».

Favori du Goncourt, sélectionné notamment pour le Renaudot et le Médicis, Patrick Deville a été «plébiscité puisqu'il a eu dix voix» sur douze au premier tour, a souligné Paula Jacques, un des membres du jury.

«Il a réussi à camper magnifiquement ce personnage inquiet (Yersin), qui incarne aussi l'idée que le progrès est en marche: on va découvrir le virus de la peste, on va combattre les maladies endémiques et, en même temps l'Europe est dévorée par la peste du nazisme», a-t-elle expliqué à l'agence Sipa.

Une incroyable épopée

Dans son dixième roman, Patrick Deville a choisi de relater l'incroyable épopée d'un jeune chercheur suisse Alexandre Yersin, pris sous son aile par Louis Pasteur à Paris, connu des médecins pour avoir donné son nom à une souche de la tuberculose et surtout découvreur du bacille de la peste à Hong-Kong.

Car ce jeune homme inspiré par le célèbre médecin missionnaire et explorateur écossais David Livingstone se lasse rapidement des éprouvettes et paillasses de son laboratoire parisien et prend la mer à destination de l'Asie. Fasciné par la région, il l'explore d'abord en bateau puis à pied, avant de s'installer à Nha Trang, ancienne Indochine, où il continue de soigner la population locale tout en développant la culture de l'hévéa.

Dans son récit inspiré des documents et échanges avec la bande des Pasteuriens, Patrick Deville signe un texte foisonnant, truffé de référence à d'autres grands écrivains explorateurs tels Arthur Rimbaud ou Pierre Loti, permettant de redécouvrir un personnage étonnant tombé dans l'oubli. Ce qui lui fait dire que «c'est assez amusant que ce nom de Yersin soit davantage connu après ce livre qu'avant (...), je me demande quelle serait sa réaction», a souligné Patrick Deville à l'annonce de son prix.

Les Éditions du Seuil avaient brûlé la politesse aux dames du Femina en dévoilant l'information avec plus d'une demi-heure d'avance sur leur compte Twitter, avant d'affirmer qu'il n'y avait «pas d'information officielle» à ce sujet.

Étranger et Essai

Autre lauréat du Femina 2012, Julie Otsuka s'est déclarée «très heureuse d'être là» et d'obtenir ce prix avec un épisode douloureux de l'immigration américaine, ces jeunes Japonaises venues épouser un compatriote déjà installé en Californie pour le meilleur mais surtout pour le pire.

«Je suis très heureuse que leur histoire soit entendue aujourd'hui, car beaucoup beaucoup de gens ignorent ce qui leur est arrivé, ce qu'elles ont vécu surtout pendant la Deuxième guerre mondiale», a-t-elle expliqué à Sipa.

«C'est une histoire assez courante pour des milliers de nos grand-mères japonaises américaines», a-t-elle poursuivi.

Enfin, le Femina de l'Essai a été attribué au premier tour à «Ethno-Roman» de Tobie Nathan (Grasset), une autobiographie du fondateur de l'ethno-psychiatrie, de son enfance en Egypte au dialogue avec ses patients immigrés dont il prend en compte les croyances.

Le Femina marque le début de la folle semaine des prix littéraires, avec mardi le Médicis, mercredi le Goncourt et le Renaudot, jeudi le Décembre et le Flore.

Patrick Deville figure parmi les favoris du Goncourt aux côtés de Jérôme Ferrari avec «Le sermon sur la chute de Rome» (Actes Sud) et le jeune auteur suisse Joël Dicker avec «La Vérité sur l'affaire Harry Quebert» (De Fallois), déjà couronné par le Grand prix du roman de l'Académie française, premier prix de la saison remis le 25 octobre dernier.