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04/11/2012 11:01 EST | Actualisé 04/01/2013 05:12 EST

Tawadros II, homme de continuité mais aussi soucieux de dialogue

Le nouveau patriarche copte orthodoxe d'Egypte Tawadros II est un homme discret qui affiche sa fidélité à son prédécesseur, le conservateur Chenouda III, mais est aussi présenté par son église comme soucieux de dialogue, notamment avec les jeunes et l'islam.

"Personnellement, je me considère de l'école de Chenouda" a-t-il déclaré dimanche dans une brève apparition à la télévision, peu après l'annonce de sa désignation.

"Le pape est au service de la société égyptienne, et il a une responsabilité, celle de l'amour et de la paix pour toute personne sur le territoire égyptien", a ajouté ce religieux de 60 ans, portant une barbe fournie et l'habit traditionnel du clergé copte.

L'évêque Pachomius, patriarche par intérim depuis la mort de Chenouda en mars et très proche de Tawadros, a déclaré que lorsqu'il était étudiant, le futur chef spirituel copte "était le modèle du jeune homme pieux et bon".

La notice biographique diffusée par l'Eglise copte met l'accent sur sa volonté d'ouverture aux autres religions, tout particulièrement les musulmans très largement majoritaires en Egypte, parmi lesquels l'islamisme est devenu le courant politique dominant.

Tawadros "insiste sur les relations continues et bonnes" entre chrétiens coptes et musulmans "et a demandé aux médias de mettre l'accent sur les valeurs communes entre les deux religions pour éviter l'extrémisme et consolider l'unité nationale", peut-on y lire.

Le nouveau patriarche "encourage le dialogue avec la jeunesse" ainsi que "l'unité" entre les fidèles vivant en Egypte et la nombreuse diaspora copte à l'étranger.

Pour Sameh Makram Ebeid, un ex-député libéral de confession copte, Tawadros devra faire évoluer son église pour qu'elle soit "plus jeune et plus ouverte", et reflète l'évolution d'un pays où de nombreux jeunes Coptes ont participé l'an dernier à la chute du régime de Hosni Moubarak -avec qui Chenouda III entretenait d'excellentes relations.

Tawadros a pour cela l'avantage d'être de 28 ans plus jeune que son prédécesseur, décédé à 88 ans, fait-il observer.

"C'est un homme qui a un grand sens de l'humour et plaisante tout le temps. Il aura une relation exceptionnelle avec les jeunes", prédit un neveu du patriarche, Youssef Medhat.

Le nouveau président, Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, a présenté ses "félicitations" au nouveau patriarche, et le Parti de la Liberté et de la Justice (PLJ), bras politique de la confrérie islamiste, a souhaité avoir avec lui une relation "fructueuse" pour "faire progresser l'éthique et les valeurs de liberté, de justice et d'égalité".

Mais malgré ces bonnes paroles il devra compter avec une grande partie de sa communauté, avant tout inquiète d'une précarité croissante face aux progrès de l'islamisme.

"J'attends de lui qu'il défendre nos droits", affirmait Manal Wahib, une avocate de 37 ans venue à la cérémonie au cours de laquelle le nom du patriarche a été annoncé.

Outre les relations avec le pouvoir islamiste, l'église copte est aussi traversée de vifs débats sur des questions comme le divorce -auquel Chenouda était farouchement opposé- ou les relations entre religion et politique.

Diplômé en pharmacie et titulaire d'une bourse d'études dans une école de santé britannique dans sa jeunesse, le nouveau patriarche a également brièvement occupé un poste de cadre dirigeant dans une entreprise pharmaceutique avant d'entrer dans les ordres.

Tawadros II est né Wagih Sobhy Bakki Soleiman le 4 novembre 1952 dans la région de Mansourah, dans le delta du Nil.

D'abord moine puis ordonné prêtre en 1989, il devient évêque en 1997.

Il sera intronisé le 18 novembre "pape d'Alexandrie, patriarche de toute l'Afrique et du siège de Saint Marc", l'évangéliste à qui l'Eglise copte fait remonter sa fondation.

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