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02/11/2012 06:58 EDT | Actualisé 02/01/2013 05:12 EST

Le CNS s'en prend à Washington, les rebelles coupent la route du nord syrien

La principale coalition de l'opposition syrienne en exil s'en est prise violemment vendredi aux Etats-Unis accusés de chercher à la remodeler pour l'amener à négocier avec le régime, au moment où la rébellion enregistrait un nouveau succès en coupant la route du nord à l'armée.

Après l'exécution de sang froid jeudi de 28 soldats par des rebelles dans le nord, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme a dénoncé ce qui constitue "très vraisemblablement un crime de guerre" et Amnesty International a condamné des images "choquantes d'un crime de guerre potentiel".

Des vidéos mises en ligne montrent des insurgés frappant une dizaine de soldats blessés avant de les aligner sur le sol et de les achever en les traitant de "chiens de chabbihas d'Assad", nom donné aux miliciens pro-régime.

Des agences et des responsables onusiens, ainsi que des ONG internationales, ont déjà accusé les deux belligérants de "crimes de guerre et contre l'Humanité" en près de 20 mois d'un conflit dévastateur qui a fait plus de 36.000 morts selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

A deux jours de l'ouverture d'une réunion cruciale des opposants à Doha, sur laquelle Washington compte beaucoup, le Conseil national syrien (CNS) a vivement réagi aux propos de la secrétaire d'Etat Hillary Clinton qui a appelé ce mouvement à s'élargir pour "résister" aux extrémistes islamistes.

Le CNS, dans un communiqué, a condamné les projets "visant à passer au-dessus du Conseil ou à créer des instances le remplaçant", les qualifiant de "tentative de nuire à la révolution syrienne en semant les germes de la division".

Pour Georges Sabra, membre du Conseil, "si l'union de l'opposition a pour objectif de négocier avec Bachar al-Assad, cela ne se fera pas et le peuple ne l'acceptera pas".

Mohammed Sermini, du bureau de presse du CNS, a dénoncé l'ingérence de Washington comme "impérialiste". "Tout amicale et solidaire que soit la partie extérieure, elle n'a pas le droit d'intervenir dans nos affaires. La Syrie doit prendre ses propres décisions".

Mercredi, Mme Clinton a estimé que le CNS ne pouvait "plus être considéré comme le dirigeant visible de l'opposition", et plaidé pour qu'il devienne "une partie d'une opposition élargie" comprenant "des gens à l'intérieur de Syrie et d'autres".

En réponse, le CNS a souligné être passé "de 280 à 420 membres, dont 33% issus du mouvement (qui anime sur le terrain) la révolution et 15% de femmes", et évoque une "hausse de la représentation des membres de l'intérieur".

Le régime, déterminé à écraser la rébellion, affirme que seul un dialogue peut régler le conflit, mais l'opposition, et surtout les rebelles sur le terrain, posent comme condition sine qua non à tout dialogue un départ de M. Assad.

Les Etats-Unis, qui réclament eux aussi un départ de M. Assad, sont restés jusque-là impuissants à trouver une issue à la guerre en raison des profondes divergences avec les Russes, des alliés du régime Assad.

Ils comptent beaucoup sur la réunion de dimanche à Doha élargie à des centaines d'opposants, sous l'égide de la Ligue arabe, où pourrait être annoncé un gouvernement en exil avec à sa tête Riad Seif, selon des informations non confirmées.

Sur le terrain, les rebelles ont pris le contrôle d'un périmètre de 25 kilomètres autour de Saraqeb, carrefour stratégique de routes reliant Damas, Alep (nord) et Lattaquié, sur la côte.

Avec cette prise, ils coupent quasiment tout accès des troupes au nord où elles sont aux prises avec les rebelles depuis plus de trois mois pour le contrôle d'Alep, selon l'OSDH qui s'appuie sur un large réseau de militants et de médecins.

Saraqeb est située sur la route internationale reliant Damas à Alep, ainsi que sur la route reliant Alep à Lattaquié, plus au sud-ouest. Les insurgés cherchent à prendre le contrôle de l'ensemble de l'autoroute, passage obligé des renforts militaires vers Alep.

A travers la Syrie, 65 personnes, dont 18 civils, 17 rebelles et 30 soldats, ont péri, selon un bilan provisoire de l'OSDH, alors que les violences ne connaissent pas de répit depuis le début en mars 2011 d'une révolte populaire contre le régime Assad qui s'est militarisée face à la répression.

Comme tous les vendredis, des Syriens ont manifesté dans plusieurs villes du pays à l'appel de militants antirégime, cette fois-ci pour interpeller la "justice internationale" afin qu'elle se saisisse du sort de la ville de Daraya, près de Damas, meurtrie par de nombreux massacres.

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