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02/11/2012 05:24 EDT | Actualisé 02/01/2013 05:12 EST

Difficile bataille à Alep pour les rebelles étrangers à la ville

Mounzir est encore un adolescent, mais c'est déjà un vétéran de la guerre en Syrie. Après avoir chassé les soldats du régime de sa ville d'origine, Azaz, il essaie de faire de même à Alep, la grande métropole du nord où la tâche se révèle bien plus ardue.

Il n'avait fallu que quelques semaines aux rebelles pour s'emparer d'Azaz. Mais à Alep, après plus de trois mois de combats, ils ne contrôlent qu'un patchwork de quartiers sunnites disséminés dans le nord, le sud et l'est de la deuxième ville du pays.

Cette absence de progrès montre les limites d'un combat mené avec peu d'armes et des combattants qui les connaissent mal, dans une ville longtemps épargnée par la contestation et où le visage de plus en plus islamiste de la rébellion peine à convaincre les habitants.

"Le combat est très différent ici", reconnaît Mounzir, qui s'apprête à retourner chez lui pour 48 heures de repos après deux mois de combats. "A Azaz, les habitants travaillaient avec nous et nous respectaient mais ici, la moitié des gens ne nous protègent pas et ne nous aiment pas".

Pour lui, cette guérilla urbaine est d'autant plus difficile qu'aucun des 12 membres de son unité ne vient d'Alep ni ne maîtrise la géographie de la ville.

Avec pour tout armement des bombes artisanales, des kalachnikovs, de lance-roquettes et des mitrailleuses, ils doivent se battre pour chaque centimètre conquis. Et leur dernière opération en date s'est terminée en retraite après la mort d'un des leurs.

Abou Mohammed, un commandant charismatique et respecté d'Alep qui dirige de 350 à 400 rebelles, reconnaît qu'il manque de recrues locales.

Assis dans un champ d'oliviers, où il entraîne des hommes pour des opérations commando, il attribue ce manque aux familles qui ont quitté la ville en masse fin juillet, mais aussi aux religieux et décideurs de la ville qui affichent leur soutien au président Bachar al-Assad.

Les raids aériens et les bombardements ont détruit les maisons, ruiné les affaires et surtout dévasté des familles entières. Dans les rues, des montagnes de détritus pourrissent. Les habitants se plaignent des coupures d'électricité, des pénuries, des hausses de prix et surtout, ils ont peur.

A un poste de contrôle derrière la ligne de front, une femme arrive en larmes de la maison de sa fille, abandonnée à la hâte sous les bombardements. "Tout a été volé", sanglote-t-elle en tenant à la main quelques sacs remplis de vêtements d'hiver pour enfants.

Face à sa détresse, les combattants de l'ASL lui trouvent un taxi et dissuadent les journalistes de l'AFP de lui poser des questions. "Nous ne connaissons pas tout le monde ici", explique l'un d'eux en haussant les épaules.

Dans une rue voisine, une enseignante arménienne à la retraite, Koharenn, refuse d'évacuer malgré les appels de l'ASL. Agée d'une soixante d'années, elle dit qu'elle n'a nulle part où aller.

Ce quartier autrefois prospère, où chrétiens et musulmans cohabitaient, est désormais balayé par des tireurs embusqués et couvert de graffitis islamistes.

"Nous voulons la paix pour tout le monde, que tout le monde revienne. Nous étions bien ici", soupire Koharenn. Avant d'ajouter, un rebelle à côté d'elle: "Si Dieu le veut, l'ASL nous protégera".

Selon des experts, la bataille d'Alep pourrait encore durer longtemps vu la faiblesse de l'armement rebelle et la volonté du régime d'éviter la condamnation internationale que provoqueraient des massacres dans la ville.

"Clairement, la base de l'ASL est beaucoup plus dans les zones pauvres" dont elle a pris le contrôle facilement, déclare Marwa Daoudy, professeur en relations internationales à l'Université d'Oxford.

Même s'ils sont très critiques envers le régime Assad, de nombreux habitants d'Alep, comme ailleurs dans le pays, craignent "pour leur sécurité et l'avenir du pays. Ils ne savent pas non plus qui sont certains des rebelles et quelles sont leurs intentions", ajoute-t-elle.

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