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02/11/2012 10:54 EDT | Actualisé 02/01/2013 05:12 EST

Crimes crapuleux ou à caractère confessionnel en hausse dans le nord syrien

L'extorsion de fonds et les exactions à caractère confessionnel sont devenues monnaie courante dans le nord syrien où des hommes armés à l'appartenance politique ou religieuse confuse terrorisent la population en profitant de la disparition de l'Etat, selon des militants et des habitants.

Lundi, un bus venant du Liban a été intercepté et ses passagers chrétiens pris en otage, près de Saraqeb, dans le nord-ouest du pays. C'est aussi aux abords de cette ville rebelle, que des combattants ont tué et exécuté de sang froid 28 soldats de l'armée régulière.

"Nous avons passé sans problème des barrages de l'Armée syrienne libre (ASL, rebelles) dans les régions de Homs et de Hama, mais quand nous sommes arrivés à Saraqeb, ce fut différent", a raconté à l'AFP un passager chrétien, disant s'appeler Marc, 26 ans.

"D'habitude, les rebelles recherchent les soldats et les chabbiha (miliciens pro-régime) mais cette fois c'était totalement différent. Trois hommes, dont deux masqués, sont montés à bord et ont demandé aux chrétiens de lever la main", a-t-il expliqué.

Marc a vraisemblablement échappé à la mort en étant assis à côté du chauffeur. Les assaillants l'ont pris pour son adjoint.

Neuf chrétiens, dont sept Arméniens, ont été contraints de descendre tandis que les assaillants examinaient les cartes d'identité des autres passagers. "Toi aussi, dehors! Tu soutiens" Bachar al-Assad, ont-ils lancé à un Kurde.

Les Kurdes sont accusés d'être des agents du régime et les chrétiens ont la réputation de pencher en faveur d'Assad.

Un militant des droits de l'Homme, qui refuse de révéler son nom, accuse les islamistes radicaux: "C'est le Front Al-Nosra. Il les a enlevés car ce sont des chrétiens et des Kurdes et que pour lui ces deux communautés sont hostiles".

Selon Marc, un groupe d'une trentaine d'insurgés a arrêté un autre bus, devant le sien, et en ont sorti deux jeunes femmes par les cheveux.

Dans son bus, un des hommes armés, a forcé les femmes à couvrir leurs cheveux avec leur veste en les traitant de prostituées.

"Il a obligé une chrétienne à retirer sa croix pour la piétiner. Une femme voilée lui a dit: +Mon fils, nous n'agissons pas ainsi en Syrie. Ce sont nos voisins, ils n'ont rien à faire avec la politique+", a poursuivi Marc. "Ce sont des infidèles", lui a-t-on rétorqué.

Le lendemain, un des passagers d'une soixantaine d'années, a été libéré après avoir été sévèrement battu. Il a été relâché pour tenter d'obtenir le paiement d'une rançon de 3,3 millions de livres syriennes (48.000 USD), pour éviter la mort des otages.

Les Arméniens tentent de rassembler la somme, a confié un membre de cette communauté à Alep (nord).

Pour les organisations de défense des droits de l'Homme, si l'extorsion de fonds est en plein essor à cause de la guerre civile, les crimes confessionnels deviennent courants dans ce pays majoritairement sunnite mais dirigé par la minorité alaouite du clan Assad.

"Dans les zones ayant échappé au contrôle du régime, c'est le chaos et le désespoir, car le gouvernement poursuit ses attaques. Dans une telle atmosphère, il est naturel que se développe l'extrémisme, qui est le résultat et non la cause de l'inaction de la communauté internationale", note Abdel Basset Saida, chef du Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition.

Selon un militant des droits de l'Homme, les jihadistes étrangers pratiquent le "lavage de cerveau" sur certains combattants locaux: "Ils sont un danger pour la révolution syrienne car ils ne comprennent pas ce que signifie la démocratie. Ils viennent combattre les mécréants".

Pour d'autres, si la dimension islamiste existe, elle ne doit pas être surestimée, notamment lorsqu'elle est liée à des motifs crapuleux.

"Il y a des gens armés qui sont des révolutionnaires, d'autres qui prétendent être des révolutionnaires mais qui sont des criminels et aussi des révolutionnaires qui utilisent des méthodes criminelles", explique un militant d'Alep, Abou Hicham.

"Ils savent que les chrétiens ont de l'argent et qu'ils paieront", affirme de son côté un autre Alépin de 33 ans, soulignant que Saraqeb est connue pour ses rapts.

"Cela n'a rien à voir avec la religion, c'est du business", insiste-t-il.

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