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01/11/2012 05:35 EDT | Actualisé 01/01/2013 05:12 EST

Libye: des familles ont tout perdu dans la violence vengeresse à Bani Walid

De retour chez elle à Bani Walid, dans l'ouest de la Libye, après avoir fui des combats vengeurs la semaine passée, la famille de Mohammed Saad a découvert une chèvre morte dans la rue, un obus dans le jardin -- et une maison en cendres.

Elle est revenue en même temps que des centaines d'autres familles de Bani Walid, un des derniers bastions de partisans du régime déchu de Mouammar Kadhafi, qui a combattu du côté des perdants dans la révolution ayant abouti à la chute et la mort du dictateur il y a un an.

La ville a été assiégée puis attaquée il y a une semaine, alors que les autorités cherchaient à interpeller ceux qui ont torturé à mort à Bani Walid un ancien rebelle de 22 ans, Omran Ben Chaabane, qui aurait capturé Kadhafi l'an dernier.

Retenu en otage pendant des semaines, M. Chaabane est décédé de ses blessures après sa libération, exacerbant les tensions entre sa ville natale de Misrata, haut-lieu de la résistance à Kadhafi pendant la révolution de 2011, et Bani Walid, ce qui a incité les autorités à agir.

"Pourquoi brûler des maisons, quand il s'agit de rechercher des criminels de l'ancien régime", désespère M. Saad, père de cinq enfants, se résolvant après un rapide état de lieux à planter une tente dans le jardin.

Son fils de 9 ans, Ahmed, crie de joie en retrouvant son cartable et ses livres, épargnés par les flammes, puis s'exclame "Oh mon Dieu !" en apercevant le poste de télévision criblé de balles.

Des centaines de combattants ayant un degré de loyauté variable envers les autorités ont pris le contrôle le 24 octobre de Bani Walid, à 185 km au sud-est de Tripoli, déclarant la ville "libérée".

"Nous avons entendu à la radio que la situation était plus sûre et qu'on pouvait revenir, alors on est venu voir", explique Rahana Abdelqader, 85 ans, patientant dans une file de plus de 300 véhicules devant un point de contrôle tenu par les forces du ministère de l'Intérieur.

Les rues de cet oasis à flanc de colline, dominant des champs d'oliviers et de palmiers dattiers, étaient presque vides mercredi, et seule une poignée de véhicules de l'armée et de la police patrouillaient dans une petite zone du centre, a constaté une journaliste de l'AFP.

Des officiers de police estiment que la sécurité est revenue, bien que d'anciens rebelles paradent avec des armes lourdes.

De jeunes hommes armés entrent dans des maisons et appartements dont les issues sont déjà forcées, semblant conduire des perquisitions maison par maison.

A au moins trois reprises, l'AFP a vu des hommes armés se livrer au vol.

"Il y a des pillages", reconnaît Abou Chawis, un commandant au dernier point de contrôle à l'entrée ouest de la ville, mais "nous n'avons pas les moyens d'y mettre fin".

Des infirmières ont retrouvé instruments médicaux et outils de diagnostic sophistiqués vandalisés à leur retour à l'hôpital mercredi. Leurs casiers ont été mis à sac.

Selon l'enquêteur Ali Lofti, la plupart des personnes se présentant au commissariat viennent déclarer des vols.

La ville offre un paysage de ruine et de désolation.

Un immeuble est en flammes près de l'université et des habitations de Goueida, un quartier considéré favorable à l'ancien régime, étaient couvertes de suie.

La plupart des vitrines sont brisées et le marché aux légumes a été détruit par le feu.

Des écoles, des banques et même un petit musée sont dévastés, les fenêtres béantes, les murs criblés de balles et en partie détruits par le feu.

"Toutes sortes de gens ont exploité la situation", souligne un responsable médical resté sur place.

Les autorités cherchent à renforcer la jeune armée et la police, mais ont recours fréquemment pour faire respecter la loi à des milices formées par d'ex-rebelles ayant combattu Kadhafi, à la loyauté incertaine et la discipline inégale.

Le responsable médical a pointé du doigt des combattants de Bani Walid battant retraite, mais aussi des forces plus ou moins liées à l'Etat -- notamment originaires de Misrata--, ainsi que des criminels de droit commun.

Selon les habitants, les ex-rebelles sont entrés dans la ville avant même d'avoir reçu un feu vert des autorités.

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