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01/11/2012 10:28 EDT | Actualisé 01/01/2013 05:12 EST

Les jihadistes en Syrie, acceptés sur le terrain, dénoncés dans les discours

En Syrie, les rebelles et islamistes radicaux combattent côte à côte les troupes du régime de Bachar al-Assad, mais l'opposition en exil comme les Etats-Unis craignent la montée en puissance des jihadistes, désormais présents sur la quasi-totalité des fronts.

Le Front al-Nosra, un groupe islamiste inconnu avant le début de la révolte en mars 2011, a ainsi revendiqué la plupart des attentats et, selon des militants, les jihadistes sont devenus la première force d'opposition armée dans le nord du pays grâce au financement du Golfe.

Leur nombre pourrait atteindre désormais plus de 10.000 combattants, selon les mêmes sources.

A Alep, un des principaux champs de bataille, le colonel Abdel Jabbar al-Oqaidi, chef du conseil militaire rebelle d'AFP, confirme: "Nous combattons ensemble au front, leur présence ne nous pose aucun problème".

"Ils sont plus enclins au martyre que les autres combattants", reconnaît-il, alors que plusieurs rebelles ont assuré à l'AFP laisser les jihadistes monter en première ligne. "Ils veulent mourir en martyrs, nous les laissons passer devant nous. Ils nous aident beaucoup", confie Adnane, un insurgé à Alep.

Plusieurs chefs rebelles ont toutefois assuré à l'AFP qu'ils demanderaient aux jihadistes internationaux de quitter le pays dès la fin de la révolution.

Abdel Basset Saida, chef du Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition, a imputé la montée du radicalisme au manque d'appui international à la rébellion, en réponse à Washington qui réclame une opposition élargie capable de "résister aux extrémistes".

Ces déclarations sont "hypocrites" car "c'est à cause de (la secrétaire d'Etat américaine) Hillary Clinton que de tels groupes se sont affirmés", juge Abou Ghazi, militant à Hama (centre), voyant dans l'émergence des extrémistes "le reflet de la stupidité et de l'hypocrisie de la politique américaine".

"Même si je ne partage pas les idées des combattants radicaux, je ne peux qu'accepter leur présence. Les Syriens appellent à l'aide depuis des mois et personne n'a répondu, sauf eux", insiste le jeune homme qui milite pour un Etat de droit en Syrie.

Plusieurs militants ont affirmé à l'AFP avoir mis en garde depuis des mois contre l'arrivée de jihadistes: "Aujourd'hui, tout cela se réalise et légitime le discours du régime".

De fait, le quotidien pro-gouvernemental Al-Watan notait qu'"à Alep, Al-Qaïda a une influence croissante, au point que certaines de ses antennes, comme le Front Al-Nosra, sont devenues des brigades de premier plan".

Désormais, selon le journal, Al-Nosra "impose son plan et ses conditions (...) et procède à la liquidation de tous ceux qui veulent déposer les armes ou quitter leurs rangs".

Al-Nosra, zones d'ombre et discours contre-productif

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Dans l'est d'Alep, des combats ont même éclaté entre rebelles et jihadistes et désormais de nombreux insurgés craignent ces combattants qui, affirment-il, contrairement aux autres, ne manquent jamais de munitions, n'ont pas peur de mourir et ont acquis leur expérience sur d'autres terrains de guerre.

Mais de nombreux Syriens ont reproché au Front de viser des cibles civiles.

"Sur certaines vidéos, ils font la louange du Mollah Omar (chef des talibans, ndlr) et d'Oussama Ben Laden, appelant à égorger les alaouites", la minorité religieuse dont est issu Bachar al-Assad, accuse un militant sous le couvert de l'anonymat.

D'ailleurs, pour les experts, il reste de nombreuses zones d'ombre sur la stratégie d'Al-Nosra, qui dans les faits affaiblit et divise l'opposition armée.

Abou Bassir Al-Tartoussi, un leader de la mouvance jihadiste qui a rejoint l'ASL, a ainsi accusé Al-Nosra de s'en prendre "très régulièrement, avec un discours sectaire et donc particulièrement contre-productif à tous les alliés (dont la Turquie) de l'opposition syrienne", rapporte François Burgat, directeur de l'Institut français du Proche-Orient (IFPO) et spécialiste de l'islamisme.

De nombreux observateurs ont accusé les services de renseignements d'avoir créé ce front, dont aucun des dirigeant n'a pu être identifié jusqu'alors, pour légitimer le discours du régime qui affirme faire face à des "terroristes".

Aujourd'hui cependant, "une hypothèse crédible est que la marionnette créée par le régime lui a échappé à cause d'une dissension interne", estime M. Burgat.

Mais, nuance Abou Odai, militant dans la région de Damas, les jihadistes ne tiennent pas de position, ils montent au front puis se retirent. Ce sont les rebelles qui se chargent ensuite d'installer des barrages et de conserver le terrain.

"Ceux qui volent la révolution, ce ne sont pas les jihadistes, mais les politiciens qui parlent en notre nom sans avoir jamais fait un seul sacrifice pour la Syrie", lance-t-il.

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