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01/11/2012 06:56 EDT | Actualisé 01/01/2013 05:12 EST

En multipliant ses raids aériens, Damas tente d'inverser la tendance

L'intensité sans précédent des frappes aériennes menées par l'armée syrienne cette semaine est une tentative désespérée du régime pour inverser la tendance après les récentes victoires enregistrées par les rebelles, selon analystes et rebelles.

Mais les raids ne cherchent pas tant à frapper les positions rebelles qu'à provoquer assez de peur et de colère parmi les populations pour qu'elles finissent par lâcher les rebelles, estiment-ils.

"Les combattants rebelles ont marqué des points significatifs ces dernières semaines, particulièrement dans le Nord, et l'armée de l'air voit ça comme une grande menace", indique Charles Lister, analyste au IHS Jane's Terrorism and Insurgency Centre, basé à Londres.

"L'augmentation des frappes est motivée par ces gains militaires relativement significatifs" des rebelles, ajoute-t-il.

Lundi, l'aviation a mené les bombardements les plus violents depuis son entrée en action l'été dernier, avec plus de 60 raids, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), une ONG basée en Grande-Bretagne qui s'appuie sur un réseau de militants et de sources médicales dans les hôpitaux du pays.

Et pour la première fois depuis le début de la révolte il y a 19 mois, la capitale Damas a été la cible mardi d'un raid mené par un chasseur-bombardier contre un quartier tenu par les rebelles. L'Armée syrienne libre (ASL), formée de déserteurs et de civils ayant pris les armes, a par ailleurs revendiqué l'assassinat lundi d'un général de l'armée de l'air.

Les frappes de l'aviation interviennent alors que les forces du régime ne parviennent pas à déloger les rebelles de leurs bastions autour de la capitale et après que les insurgés eurent conquis de nouveaux secteurs dans le nord-ouest, comme la ville de Maaret al-Noomane (début octobre), située sur l'axe stratégique Damas-Alep.

"Le fait que le régime ait recours à des frappes aériennes d'une telle intensité est un signe qu'il perd la bataille", a déclaré à l'AFP par téléphone le chef de l'ASL, le colonel Abdel Jabbar al-Oqaidi.

Mais plutôt que des frappes chirurgicales qui viseraient des secteurs tenus par les rebelles, l'armée mène des raids aériens au hasard sur des zones civiles, souvent avec des armes redoutables, selon des analystes.

Quand on a recours à des bombardements sans discernement, "ce n'est pas pour en tirer un avantage tactique", estime Riad Kahwaji, directeur de l'Institute for Near East and Gulf Military Analysis, basé à Dubaï.

Dans de nombreux cas, l'armée lâche des bombes contenant de la dynamite, du pétrole et des morceaux d'acier, causant des destructions massives dans les zones civiles, dit-il.

Selon les analystes, l'objectif est de tuer les civils, détruire leurs habitations et rendre leur vie insupportable pour les amener à faire sortir les rebelles de leurs villes ou, du moins, arrêter de les soutenir.

"Ils tentent d'effrayer et de mettre la population civile en colère pour que les rebelles ne puissent plus trouver d'abri sûr", indique M. Kahwaji.

"Le seul but est de terroriser la population civile avec l'espoir qu'elle se retourne contre les rebelles", poursuit-il.

Et si c'est le cas, pour les insurgés, "cela aura un impact important sur leur capacité à conserver les secteurs (conquis) et à défaire l'armée", estime M. Lister.

Mais jusqu'à présent cette stratégie ne semble pas avoir fonctionné, selon des observateurs.

"Ils ont bombardé Maaret al-Noomane quotidiennement ces trois dernières semaines, depuis que les rebelles en ont pris le contrôle. Il y a pu y avoir des victimes, mais l'armée n'a pas été en mesure de reprendre la ville", indique Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH.

Et cette tactique pourrait même finalement se retourner contre le régime, selon M. Kahwaji.

"Le recours aux bombardements dans une insurrection (...) n'a jamais réussi", estime-t-il. "Vous rendez encore plus furieux la population" qui veut se venger, dit-il.

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