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31/10/2012 11:14 EDT | Actualisé 31/12/2012 05:12 EST

Thon rouge: 18 000 tonnes ont été vendues illégalement en dix ans, selon le WWF

PARIS - Entre 2000 et 2010, plus de 18 000 tonnes de thon rouge ont été commercialisées illégalement par des pays méditerranéens, via le Panama, à destination du marché japonais, selon une étude commanditée par le Fonds mondial pour la nature (WWF). Règlementée par la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (ICCAT), la pêche au thon rouge dans l'Atlantique et la Méditerranée est soumise à des quotas et les captures doivent être déclarées.

Basées sur les données des douanes et du commerce, l'étude du WWF estime que 14 327 tonnes de thon rouge transformé ont été vendues au Panama en dix ans, ce qui équivaut à 18 704 tonnes de poisson frais. Des pays comme l'Espagne, l'Italie, le Maroc, la Tunisie et la Turquie seraient impliqués, ainsi que le Japon, vers lequel le Panama aurait réexporté 13 700 tonnes de thon transformé.

«Nous avons enfin les preuves d'une situation que tout le monde connaît depuis des années, y compris l'ICCAT», explique dans un communiqué Sergi Tudela, responsable du programme pêche au sein du WWF Méditerranée. «Selon les documents disponibles, pas un seul de ces échanges n'a été déclaré à l'ICCAT», ajoute M. Tudela. L'ONG demande à l'ICCAT et aux pays concernés de mener rapidement des investigations.

La pêche illégale au thon rouge dans l'Atlantique et la Méditerranée est dénoncée depuis longtemps par les ONG. L'ICCAT elle-même estime que les captures réelles de thon rouge étaient très supérieures aux volumes déclarés jusqu'en 2007, année où les captures réelles (61 000 tonnes) auraient atteint le double des quotas (28 500 tonnes). Une autre étude, financée par le Pew Environment Group, évalue à 112 000 tonnes la différence entre les prises de thon rouge et les quantités présentes sur le marché entre 2005 et 2011.

Même s'il est globalement admis que ces prises illégales ont diminué ces dernières années, elles demeurent une question épineuse pour le comité scientifique de l'ICCAT. D'après son dernier rapport, publié début octobre, les stocks de thon rouge augmentent de nouveau dans l'Atlantique Est et la Méditerranée. Cependant cette évaluation ne prend pas en compte la pêche illégale. C'est l'une des incertitudes qui poussent le comité scientifique à la plus grande prudence, en recommandant de maintenir des quotas autour de 13 000 tonnes par an.

Ces données seront ardemment discutées à Agadir, au Maroc, du 12 au 19 novembre, lors de la 18e réunion extraordinaire de l'ICCAT. Depuis quelques semaines, la tension monte: les pêcheurs espagnols, s'appuyant sur les chiffres à la hausse, bataillent déjà pour obtenir une augmentation des quotas.