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31/10/2012 04:04 EDT | Actualisé 31/12/2012 05:12 EST

Charbonneau: un autre ingénieur admet avoir reçu 500 000 $ des entrepreneurs

MONTRÉAL - Un second ingénieur retraité de la Ville de Montréal, Luc Leclerc, a admis mercredi à la Commission Charbonneau avoir accepté des pots-de-vin de la part d'entrepreneurs en construction, dont environ 500 000 $ comptant. Et il a soutenu qu'«à peu près tout le monde» à la Ville était au courant du système de collusion.

Et, comme d'autres témoins avant lui, il a indiqué que le stratagème de collusion et corruption «était beaucoup plus large que la ville de Montréal» et touchait notamment la couronne Nord et l'Ouest de l'île.

Désinvolte, il était même à l'aise d'énumérer ces cadeaux et cet argent reçus de la part d'entrepreneurs, jusqu'à un jambon, lui qui approuvait les travaux en «extras» aux contrats publics octroyés par la Ville.

Il a toutefois restitué une somme de 90 000 $ aux enquêteurs de la Commission Charbonneau, en demandant qu'elle soit remise à son ancien employeur, la Ville de Montréal.

Avec humour, il a lancé que les entrepreneurs avaient droit au «service du chef» même s'ils ne lui versaient pas de pot-de-vin. Il a trouvé moyen de blaguer à propos d'un gallon de vin maison reçu en cadeau, en lançant «lui, c'était un vrai pot-de-vin».

M. Leclerc a même prétendu qu'il n'était pas si facile que ça de dépenser des milliers de dollars en argent comptant.

De même, il a confirmé être allé jouer au golf en République dominicaine avec le parrain de la mafia, Vito Rizzuto, et son collègue ingénieur Gilles Surprenant. Là encore, il a dépeint la situation en riant, décrivant Vito Rizzuto comme «un excellent compagnon de voyage, un excellent golfeur et un gars qui a le sens de l'humour».

Les pots-de-vin reçus ont aussi pris d'autres formes que de l'argent comptant. Par exemple, pas moins de cinq entrepreneurs ont fait des travaux sur sa maison de l'époque, voisine de celle de l'entrepreneur Paolo Catania. Il s'agissait notamment de travaux de bordure, de paysagement ou de dalle de béton.

M. Leclerc a admis que c'est par simple goût du pouvoir et de l'argent qu'il a accepté ces pots-de-vin pendant des années. Il a avoué que lui et son épouse touchaient un revenu suffisant, mais qu'il avait rationnalisé le stratagème dans sa tête en se persuadant que les pots-de-vin étaient une façon d'être reconnu pour le bon travail réalisé.

Au départ, il recevait 15 pour cent de la «plus-value» qu'il apportait au contrat de l'entrepreneur, en convainquant la Ville de lui verser plus d'argent. Mais, lors d'un tournoi de golf avec des entrepreneurs, après quelques verres, il a entendu quelqu'un lancer le chiffre de 25 pour cent. Il a donc résolu de demander à l'avenir 25 pour cent de la «plus-value» qu'il apportait au contrat.

Du même souffle cependant, il a soutenu qu'il n'exigeait pas de l'argent de la part des entrepreneurs et qu'il prenait ce qu'ils voulaient bien lui donner.

Il a témoigné du fait qu'à peu près tout le monde était au courant du système de collusion à la Ville de Montréal. Il a même donné l'exemple d'un signaleur sur un chantier de construction qui savait à l'avance sur quel prochain chantier son employeur le dépêcherait, alors que le contrat n'avait officiellement pas encore été octroyé à un entrepreneur.

«Quand c'est rendu que les signaleurs sont au courant, d'après moi les commis à la Ville, les secrétaires, à peu près tout le monde ont entendu parler un jour ou l'autre de ça», a conclu M. Leclerc.