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30/10/2012 04:28 EDT | Actualisé 30/12/2012 05:12 EST

Rwanda: l'opposante Victoire Ingabire condamnée à huit ans de prison

KIGALI, Rwanda - La justice rwandaise a condamné mardi la principale opposante du pays, Victoire Ingabire, à huit ans de prison pour trahison et négation du génocide de 1994.

Le gouvernement a notamment accusé Victoire Ingabire d'avoir tenté de former un groupe armé, après avoir eu des contacts avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (NDLR), un groupe de combattants hutus établi en République démocratique du Congo (RDC).

L'opposante a toujours nié cette accusation. La cour l'a acquittée des accusations de promotion de la division ethnique et de l'idéologie du génocide.

La juge Alice Rulisa a déclaré au nom des trois magistrats que Victoire Ingabire avait bénéficié de l'indulgence de la cour qu'elle avait demandée par lettre au président Paul Kagame. Les procureurs avaient réclamé une peine de 35 ans de prison.

L'avocat de l'opposante, Iain Edwards, a indiqué que sa cliente ferait appel du verdict. Il a précisé que Mme Ingabire n'avait avoué aucun crime dans sa lettre au président.

Victoire Ingabire, membre de l'ethnie hutue, était rentrée au Rwanda en 2010 après avoir vécu en exil pendant 16 ans. Lors d'une visite au monument commémoratif du génocide, qui a fait quelque 500 000 morts, elle avait demandé pourquoi les victimes hutues des violences n'étaient pas reconnues de la même façon que les victimes tutsies. Elle avait l'intention de se porter candidate à la présidence, mais elle a plutôt été arrêtée.

«C'est le problème que j'ai avec ce gouvernement. Si vous parlez d'ethnicité, ils disent que vous êtes divisionniste», avait déclaré Victoire Ingabire en 2010 lors d'une entrevue avec l'Associated Press, après avoir été assignée à résidence. «Je pense que la meilleure solution est d'en parler et d'essayer de trouver une solution.»

Le procureur en chef, Martin Ngoga, a estimé que les déclarations de Victoire Ingabire n'étaient pas seulement une question de liberté d'expression parce qu'elles pourraient inciter le Rwanda «à exploser de nouveau» comme en 1994.

Le président Paul Kagame, qui avait pris le pouvoir à la tête du Front patriotique rwandais (FPR) avant d'être élu à la présidence, a été félicité par la communauté internationale pour avoir pacifié le Rwanda, promu les droits des femmes et fait croître l'économie du pays. Mais la décision de la cour renforce l'idée que le président rwandais laisse très peu de place à ses opposants.

L'organisation Human Rights Watch a critiqué le verdict, estimant qu'il représentait «l'aboutissement d'un procès biaisé comprenant des accusations aux motivations politiques».

«Le procès de Victoire Ingabire pour "idéologie génocidaire" et divisionnisme illustre le refus du gouvernement rwandais de tolérer les critiques et d'accepter le rôle des partis d'opposition dans un société démocratique», a déclaré Daniel Bekele, responsable de l'Afrique chez Human Rights Watch. «Les tribunaux ne devraient pas être utilisés pour des raisons politiques.»