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30/10/2012 03:29 EDT | Actualisé 29/12/2012 05:12 EST

Bobeuses recherchées : argent et amour garantis!

Même à un peu plus d'un an des Jeux olympiques de Sotchi, l'équipe canadienne de bobsleigh est en pleine période de recrutement. Les postes sont pourvus pour cette saison de Coupe du monde, qui s'amorce le 8 novembre à Lake Placid, mais rien n'est joué encore pour l'an prochain.

Un texte de Manon Gilbert

Évidemment, la saison qui s'annonce sert à consolider les acquis et de test préolympique, mais tant l'entraîneur Tom De La Hunty que les pilotes ne rechigneront pas si un freineur puissant et rapide se pointe le bout du nez.

« Nous recherchons toujours la perle rare, la personne qui pourra faire la différence, la personne qui pourra nous donner une petite poussée supplémentaire », a dit la championne olympique et mondiale Kaillie Humphries mardi lors d'une conférence de presse à l'Hôpital de Montréal pour enfants.

D'ailleurs, deux filles batailleront pour s'asseoir derrière la pilote albertaine de 27 ans. La Néo-Brunswickoise Emily Braadsvik, qui avait gagné sa place la saison dernière après un an d'apprentissage seulement, s'est fait bousculer par la Saskatchewanaise Chelsea Valois. Fraîchement débarquée de l'Université de Regina où elle pratiquait l'heptathlon et le pentathlon (athlétisme), Valois a fait une telle impression durant la saison morte qu'elle a accédé directement à l'équipe de Coupe du monde.

« Ça prouve que tu dois pousser fort tous les jours. Tu ne peux pas te dire qu'une journée, tu vas prendre l'entraînement à la légère. Il faut que tu donnes tout chaque jour. Pour conserver le poste de freineuse numéro un, tu dois non seulement toujours être au sommet de ta forme, mais tu dois aussi surveiller tous les petits détails comme la nutrition », explique Braadsvik, une ancienne joueuse de rugby qui a eu le coup de foudre pour le bobsleigh après avoir vu Heather Moyse, elle aussi une adepte du rugby, récolter l'or avec Humphries à Vancouver.

Preuve que le rôle de freineuse est des plus ingrats, Braadsvik connaissait une très bonne saison avec Humphries. Mais après une 2e place à la Coupe du monde de Königssee (Allemagne) et une victoire à celle de Whistler, on lui a demandé de céder sa place pour que Jenny Ciochetti, devenue pilote depuis l'été 2010, puisse reprendre du service comme freineuse pour la dernière Coupe du monde et les championnats du monde.

Le pari a rapporté. Ciochetti, qui disputera sa première saison complète en Coupe du monde comme pilote, et Humphries ont triomphé à Calgary avant de devenir la première équipe canadienne sacrée championne du monde.

« Kaillie méritait d'avoir la meilleure poussée et je savais que Jenny était beaucoup plus expérimentée et talentueuse. Donc, je n'ai éprouvé aucun ressentiment, c'était pour le bien du Canada et du sport. Je savais que Jenny pouvait donner le petit extra que moi, je ne pouvais pas donner. J'étais juste fière de les regarder et d'être leur substitut », a poursuivi Braadsvik.

Préparer l'après-Sotchi

C'est cet aspect d'interchangeabilité qui plaît à l'entraîneur De La Hunty. Et le mandat de Bobsleigh Canada d'entraîner et de développer des champions mondiaux et olympiques s'inscrit parfaitement dans cette philosophie.

« Quand vous avez des athlètes et que vous vous doutez qu'ils ne perceront pas, vous pouvez les couper. Si tu n'es pas assez fort et que tu n'as pas une bonne poussée, tu ne pourras jamais survivre en bobsleigh. Notre mission est de trouver les meilleurs dans le monde. »

Entraîneur de l'équipe canadienne depuis juin 2010, De La Hunty prépare l'après-Sotchi avec autant d'ardeur que l'avant-Sotchi. Pas question de se retrouver dans un creux de vague comme ce fut le cas l'an dernier. Le Canada n'alignait alors qu'une seule équipe féminine en Coupe du monde à la suite du départ à la retraite de Helen Upperton et Shelly-Ann Brown, médaillées d'argent aux JO de Vancouver.

N'en déplaise à Braadsvik, De La Hunty a bien l'intention de convertir des freineuses en pilotes dans 15 mois!

« J'ai essayé à Whistler et j'ai crié tout le long. J'ai rallié l'arrivée, mais ce fut toute une expérience. De toute façon, à 29 ans, je suis trop vieille. Il préfère développer de plus jeunes pilotes. »

Mardi matin, à plusieurs reprises, les filles ont insisté sur l'importance de recruter des femmes dans un sport majoritairement masculin. Et Humphries y est allée d'un argument de taille... assez convaincant.

« C'est la place pour rencontrer de beaux gars costauds et en forme. Et de plus, les gars de l'équipe prennent tellement soin de nous. »

Humphries sait de quoi elle parle. C'est en pratiquant son sport qu'elle a rencontré son mari Dan Humphries, un ancien bobeur britannique qui a pris la nationalité de sa belle en 2007.

Le Britannique De La Hunty, lui, s'est montré plus pratique.

« Au Canada, nous avons 24 athlètes qui reçoivent un soutien financier. En comparaison, la Grande-Bretagne aide seulement les 4 meilleurs d'une discipline. »

L'argent et l'amour, que demander de mieux les filles?