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29/10/2012 10:39 EDT | Actualisé 29/12/2012 05:12 EST

L'aviation syrienne mène des raids aériens d'une violence inédite

L'aviation syrienne a mené lundi les raids les plus violents depuis son entrée en action cet été et le médiateur international Lakhdar Brahimi, après l'échec de sa proposition de trêve, s'est rendu à l'évidence en constatant que la situation ne faisait qu'empirer.

Depuis vendredi, date à laquelle armée et rebelles s'étaient engagés à cesser les combats pendant les quatre jours de la fête musulmane de l'Aïd al-Adha, plus de 400 personnes ont été tuées.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est dit "profondément déçu" par cet échec et a exhorté le Conseil de sécurité de l'ONU, les Etats influents du Moyen-Orient et toutes les parties concernées à "oeuvrer en faveur d'un cessez-le-feu".

Assurant que les rebelles avaient encore violé "la trêve déclarée" en lançant de nouvelles attaques, l'armée syrienne a assuré lundi dans un communiqué qu'elle entendait continuer à "accomplir son devoir constitutionnel de défendre la nation et d'écraser le terrorisme, afin de restaurer la sécurité et la stabilité sur chaque centimètre carré de notre pays bien-aimé".

"Il y a eu plus 60 raids au cours de la journée à travers le pays, notamment dans la région de Damas et à Idleb (nord-ouest). C'est l'utilisation la plus violente de chasseurs-bombardiers depuis l'entrée en action de l'aviation" fin juillet, a affirmé Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"Le régime cherche à gagner du terrain. Il y a des combats dans toutes les régions visées par ces raids", a-t-il ajouté.

Selon une journaliste de l'AFP, les bombardements ont été si intenses pendant deux heures lundi matin que les vitres des appartements tremblaient dans le centre de Damas.

Ces bombardements ont visé principalement les fermes de Harasta, dans la banlieue nord-est de Damas, a précisé l'OSDH, basé en Grande-Bretagne et qui s'appuie sur un réseau de militants et de sources médicales dans les hôpitaux civils et militaires.

En outre, l'artillerie a aussi bombardé Douma, dans le même secteur, où trois civils ont été tués, et des villages avoisinants, selon l'OSDH.

"Ces raids aériens sur les terres agricoles et les vergers aux alentours visaient à empêcher que les rebelles s'y regroupent et essaient d'y renforcer leurs positions", a expliqué une source de sécurité à Damas.

A la périphérie sud-est de Damas, un attentat à la voiture piégée près d'une boulangerie de Jaramana a fait onze morts, dont des femmes et des enfants, selon la télévision officielle syrienne, qui a montré les devantures d'immeubles ravagées.

Cette localité favorable au régime de Bachar al-Assad, où vivent principalement des chrétiens et des druzes, avait déjà été touchée par deux attentats à la voiture piégée, le 28 août et le 3 septembre, qui avaient fait au total 32 morts, selon l'OSDH.

Selon la télévision officielle, un autre attentat à la voiture piégée a fait "des victimes" lundi à Hajar al-Aswad, un quartier sud de la capitale dont l'armée et les rebelles se disputent le contrôle.

Dans une lettre rendue publique lundi, le ministère syrien des Affaires étrangères a reproché au Conseil de sécurité de l'ONU son silence sur l'attentat à la voiture piégée qui a fait au moins huit morts vendredi dans un quartier sud de Damas, contribuant à faire voler en éclats la trêve défendue par M. Brahimi.

"L'incapacité du Conseil à condamner cette attaque a encouragé les terroristes à continuer leurs crimes", estime le ministère.

Selon un bilan provisoire de l'OSDH, les violences ont fait au moins 80 morts -- 33 civils, 28 soldats et 19 rebelles -- lundi à travers le pays.

De plus, un Kurde torturé par des rebelles dans la province d'Alep (nord) a succombé lundi à ses blessures, selon l'organisation qui a accusé certains groupes de l'opposition d'avoir repris les méthodes répressives du régime.

L'homme avait été fait prisonnier en même temps que près de 200 autres Kurdes pendant des combats inédits entre rebelles et miliciens kurdes, qui avaient fait une trentaine de morts.

"Dans les zones d'où les rebelles ont chassé l'armée, il y a un vide en matière de sécurité. Certains des combattants ne souhaitent pas du tout la démocratie. Ce sont juste des seigneurs de guerre qui profitent du chaos", a dénoncé M. Abdel Rahmane.

"La crise est très dangereuse, la situation est mauvaise et empire", a estimé M. Brahimi, en visite à Moscou pour des consultations avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, allié de Damas.

"Si ce n'est pas une guerre civile, je ne sais pas ce que c'est. Toute la communauté internationale doit s'unir pour aider le peuple syrien à trouver une issue à cette crise", a ajouté le médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe.

M. Lavrov s'est lui aussi montré pessimiste: "Ils se battent de plus en plus en Syrie (...). L'objectif pour tous les Syriens est de cesser le feu et de se mettre à la table de négociations".

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