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29/10/2012 12:22 EDT | Actualisé 29/12/2012 05:12 EST

L'arrivée imminente de l'ouragan Sandy paralyse le nord-est des Etats-Unis

Transports en commun à l'arrêt, vols annulés, écoles fermées: le Nord-Est des Etats-Unis était paralysé lundi par l'arrivée imminente de l'ouragan Sandy sur les côtes, mettant en suspens la campagne électorale à huit jours de la présidentielle.

Dans cette région la plus densément peuplée du pays, 50 millions de personnes risquent d'être affectées, que ce soit par les inondations prévues en raison des pluies diluviennes ou par les coupures de courant provoquées par la chute d'arbres sous l'effet des bourrasques.

"La priorité est de faire en sorte de sauver des vies", a déclaré Barack Obama lors d'une allocution à la Maison Blanche à l'issue d'une réunion de crise. L'interruption de sa campagne à un moment crucial lui permet d'endosser le costume présidentiel et de rappeler qu'il est le "Commander in chief", loin de l'inertie reprochée à George W. Bush lors de l'ouragan Katrina en 2005.

Le candidat républicain Mitt Romney a de son côté annulé ses réunions électorales prévues à partir de lundi soir "par respect pour les millions d'Américains" menacés par la colossale dépression.

Sandy devrait atteindre la côte lundi soir dans le New Jersey à proximité d'Atlantic City, le "Las Vegas de la côte Est", selon les services météorologiques.

La grande majorité de la population de cette station balnéaire de 40.000 habitants a évacué la ville, à laquelle la police interdit l'accès, a constaté un journaliste de l'AFP.

Mais pour certains, c'est déjà trop tard: la résidente d'un hôtel, Aubrey Whelan, publiait sur Twitter les photos de la station balnéaire sous les eaux.

L'oeil de l'ouragan se trouvait lundi à 11H00 (15H00 GMT) à 415 kilomètres au sud de New York et s'orientait vers le nord-ouest, sa vitesse de déplacement retombant à 30 km/h, selon le dernier bulletin du Centre américain de surveillance des ouragans (NHC).

Les vents se sont encore renforcés à 150 km/h et se faisait sentir jusqu'à près de 800 kilomètres de là.

La pression atmosphérique, historiquement basse, a encore chuté, tombant à 943 hectopascals, quand la pression normale est de 1.015 hectopascals, selon le relevé d'un avion chasseur d'ouragan, a précisé le NHC.

Selon les services météorologiques, c'est l'étendue massive de la tempête, sa faible vitesse de déplacement, et sa confluence avec un front froid venu du Canada qui la rendent particulièrement dangereuse.

Sur la côte atlantique, l'océan était blanc d'écume et la pluie balayait à l'horizontale, montraient les télévisions qui y ont dépêché des journalistes.

"Ca va être long. Les jours à venir vont être difficiles. Des gens vont mourir et vont être tués pendant la tempête", a prédit le gouverneur du Maryland, Martin O'Malley.

En mer, la tempête a déjà provoqué la perte d'un trois-mâts, le HMS Bounty, réplique de la célèbre frégate anglaise dont l'équipage s'était mutiné au XVIIIe siècle. Sur un équipage de 16 personnes, 14 ont été secourues dans la matinée, et deux étaient toujours portées disparues.

La compagnie Amtrak a suspendu toutes ses liaisons ferroviaires et routières sur la côte tandis que près de 11.000 vols intérieurs et internationaux ont été annulés, selon le site internet flightaware.com.

New York, d'habitude si fébrile, était plongée lundi dans un calme irréel. Métro, bus, écoles et même Wall Street ont fermé pour la journée. Le gouverneur de l'Etat Andrew Cuomo a également annoncé la fermeture de deux des trois tunnels de Manhattan en raison des risques d'inondation.

Dans les zones bordant l'East et l'Hudson River à Manhattan, à Brooklyn et Staten Island, le maire Michael Bloomberg a ordonné l'évacuation de 375.000 habitants mais nombre d'habitants semblaient préférer se barricader chez eux.

Un appel relayé par Barack Obama dans son allocution: "Ecoutez les autorités locales quand elles vous disent d'évacuer, vous devez évacuer. Sans retard. Ne réfléchissez pas. Ne discutez pas les instructions que l'on vous donne".

Mais nombre d'habitants préfèrent rester chez eux. "Je crois que tout ira bien pour nous, mon immeuble peut résister à des vents de 200 km/h", assure Candace Ruland, une new-yorkaise de 67 ans, sortie prendre des photos de la montée des eaux dans le quartier de Battery Park, dans le sud de Manhattan.

La frondeuse reconnaît cependant que Sandy "est déjà pire qu'Irene", l'ouragan d'août 2011 qui avait laissé 47 morts sur son passage.

Les dommages causés par Sandy pourraient s'élever à 10 à 20 milliards de dollars de dégâts, selon le cabinet d'études en gestion du risque Eqecate.

Dans les Etats côtiers du nord-est, les gouverneurs ont également appelé à évacuer le littoral: "Ne soyez pas stupides, partez", a enjoint le gouverneur du New Jersey, Chris Christie.

A Boston, comme à Philadelphie ou Washington, le scénario est semblable. Les écoles sont fermées, les transports publics interrompus. Dans la capitale fédérale, les fonctionnaires et employés du district de Columbia ont été appelés à rester chez eux et nombre de commerces ont gardé leurs portes closes.

Face à la Maison Blanche, Keith Tay et son fils sont trempés mais flegmatiques: "Nous avons du temps, donc ce n'est pas vraiment un problème", sourit ce touriste britannique.

Sandy devrait se faire sentir loin dans les terres. Les montagnes de Virginie occidentale devraient se couvrir d'un mètre de neige tandis que les vagues du lac Michigan à plus de 1.000 kilomètres de l'Atlantique pourraient atteindre 10 mètres de hauteur, selon la météo nationale (NWS).

L'ouragan a déjà fait au moins 66 morts après son passage dans les Caraïbes. Six ou sept Français étaient par ailleurs portés disparus en mer entre la Martinique et la Dominique depuis dimanche soir.

bur-mra/rap