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29/10/2012 08:46 EDT | Actualisé 29/12/2012 05:12 EST

L'angoisse des évêques catholiques devant le fondamentalisme musulman

La cohabitation avec l'islam, les conversions secrètes au christianisme, la violence islamiste et les peurs d'une domination musulmane sont revenus de manière lancinante au long du synode des évêques catholiques qui vient de s'achever au Vatican.

Du Moyen-Orient mais aussi de toute l'Afrique et d'Europe, des dizaines d'évêques ont pris la parole pour exprimer leur préoccupation et parfois lancer de vrais appels angoissés, ce qui n'était jamais arrivé à un synode précédent.

Ce malaise a débouché sur le seul incident du synode quand le cardinal ghanéen Peter Turkson a diffusé en l'absence du pape une vidéo circulant sur Internet, intitulée "Muslim demographics".

Ce film, au ton alarmiste, annonce une domination à terme de l'islam en Europe, en raison du très fort taux de fécondité des populations musulmanes.

Le cardinal africain s'est fait critiquer par plusieurs de ses pairs et a présenté ses excuses. Mais un évêque allemand a défendu ce film en reprochant à certains de refuser "un problème qu'ils ne veulent pas voir".

Phénomène assez nouveau, les Africains --du Nigéria, du Mali, mais aussi de pays plus au sud, où l'islam est très minoritaire-- ont exprimé leurs inquiétudes, estimant que la bonne coexistence avec une majorité de musulmans était menacée par l'islamisme salafiste financé de l'extérieur.

L'influent archevêque de Dar-es-Salaam, le Tanzanien Polycarp Pengo, a dénoncé les groupes de fondamentalistes qui ne sont pas prêts à accepter une vérité qui s'oppose à leur "position préconçue".

Dans le monde musulman, alors que le pape a prôné le mois dernier au Liban la cohabitation dans le respect entre christianisme et islam modéré, le "Printemps arabe" est perçu à la fois comme une chance et comme une menace par les évêques.

Une chance parce que, selon plusieurs d'entre eux, des jeunes musulmans, bien informés sur le christianisme par des réseaux sociaux et des chaînes télévisées, viennent se convertir, clandestinement ou rejetés par leur famille, et parfois au risque de leur vie.

Pour Mgr Paul Desfarges, évêque de Constantine (Algérie), "il se passe quelque chose dans le Printemps arabe : certains ne sont plus satisfaits du discours moyen de la mosquée. Des jeunes veulent croire librement, être libres aussi de ne pas croire".

Mais aussi un risque : des témoignages émouvants ont été donnés par des évêques syriens, irakiens, égyptiens et pakistanais.

Pour l'évêque des coptes d'Assiout, Mgr Kyrillos William, on assiste en Egypte à "une nouvelle procédure d'islamisation des institutions de l'Etat", "les chrétiens sont considérés comme des citoyens de seconde catégorie, "on sème la haine contre eux dans les écoles".

L'archevêque syrien Joseph Absi a déploré que beaucoup de musulmans "ne réussissent pas à distinguer les chrétiens des Occidentaux" accusés de tous les maux.

L'évêque de Lahore, Mgr Francis Shaw, a remercié le pape et l'Eglise d'être restés aux côtés de son "petit troupeau", les remerciant pour leurs prises de position en faveur de chrétiens accusés de blasphème.

Pour plusieurs intervenants, l'islam est "exploité" par ses extrémistes contre ses propres valeurs qui soulignent la miséricorde de Dieu et le respect de la vie, et la majorité des musulmans est tolérante.

Mais un "sujet tabou" rend le dialogue très difficile, a expliqué le président du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux, Jean-Louis Tauran: aucun dignitaire musulman, même le plus mesuré, "n'accepte, que, dans un texte juridique, la liberté de choisir ou de changer sa religion soit inscrite".

Les propositions remises au pape rappelent l'importance du texte du Concile Vatican II "Dignitatis Humanae" sur cette liberté fondamentale, et suggèrent la création d'un organe constitué de prélats du monde entier chargé de réagir sur ses violations.

jlv/mle/dac