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29/10/2012 08:32 EDT | Actualisé 29/12/2012 05:12 EST

Incertitude en Lituanie sur la future coalition gouvernementale

L'incertitude dominait lundi en Lituanie concernant la future coalition gouvernementale, la présidente de cet Etat balte Dalia Grybauskaite ayant annoncé son opposition à l'entrée au gouvernement du parti du Travail, allié potentiel des sociaux-démocrates après leur victoire aux législatives.

Mme Grybauskaite a créé la surprise lundi en déclarant à la presse qu'elle refuserait toute proposition de coalition avec le parti du Travail, dirigé par le très controversé Victor Uspaskich.

"Un parti qui lors du processus électoral est soupçonné d'être à l'origine du plus grand nombre de fraudes, qui est soupçonné de fraude fiscale et dont les dirigeants sont accusés dans une affaire pénale, ne peut participer à la formation du gouvernement", a-t-elle dit.

"Je ne soutiendrai que la force politique qui pourra former la majorité sans le parti du Travail", a ajouté Mme Grybauskaite.

En Lituanie, la présidente a le pouvoir de nommer le Premier ministre et d'entériner la composition de son gouvernement, mais elle n'y a jusqu'alors jamais opposé son veto.

Député européen, homme d'affaires ayant fait fortune dans l'importation de gaz russe, et ancien ministre de l'Economie, M. Uspaskich, d'origine russe, est une personnalité controversée en Lituanie. Réfugié en Russie en 2006 après avoir fait l'objet de poursuites judiciaires pour fraudes fiscales, il est retourné un an plus tard en Lituanie.

"Vous pouvez dire à la présidente, que je ne serai pas l'élément qui rendra le parti otage de la situation", a déclaré lundi aux journalistes Victor Uspaskich, laissant entendre qu'il était prêt à renoncer à un poste ministériel.

Son parti est impliqué dans des achats de voix lors du premier tour, alors que la police a annoncé l'ouverture de 18 informations judiciaires pour fraude électorale.

Le parti social-démocrate et le parti du Travail comptaient former ensemble une coalition avec l'appui du petit parti populiste de droite Ordre et Justice, disposant à eux trois de 80 sièges sur 141 au Parlement monocaméral lituanien.

Selon les résultats quasi définitifs, le parti social-démocrate d'Algirdas Butkevicius obtient 40 sièges, devant les conservateurs du Premier ministre sortant Andrius Kubilius (33).

Le parti du Travail et le parti Ordre et Justice, ont remporté respectivement 29 et 11 sièges.

"Les sociaux démocrates ont gagné la première place et ont obtenu le plus de voix. Il existe une forte probabilité, dès que la commission électorale aura confirmé les résultats, que je leur propose de former le gouvernement", a indiqué la présidente.

M. Butkevicius, Premier ministre potentiel, a déclaré lundi qu'il allait "chercher les variantes possibles", se déclarant "surpris" par les prises de position de Mme Grybauskaite.

Dans la nuit de dimanche à lundi, les jeux semblaient faits. "Nous avons décidé de former la majorité avec nos trois partis. Nous avons décidé que le poste de Premier ministre reviendra aux sociaux-démocrates. Nous avons décidé de commencer à rédiger notre programme gouvernemental", avait déclaré à la presse Algirdas Butkevicius.

Pour Ramunas Vilpisauskas, directeur de l'Institut lituanien des relations internationales, la déclaration de la présidente montre qu'elle souhaiterait "une coalition entre les sociaux-démocrates, les conservateurs, les libéraux et peut-être d'autres".

Le mouvement libéral, allié des conservateurs, a obtenu 10 sièges. Le parti de la minorité polonaise en a huit, et la Voix du courage, un nouveau parti anti-pédophile créé à la suite d'un scandale de moeurs, sept.

Les conservateurs de M. Kubilius, au pouvoir depuis quatre ans, ont été sanctionnés pour leur politique d'austérité, bien que celle-ci ait permis à ce pays balte de 3 millions d'habitants de sortir d'une profonde crise économique.

Alors qu'en 2009, l'économie lituanienne s'était contractée de 14,8%, les mesures draconiennes du gouvernement conservateur avaient permis à ce pays de renouer avec la croissance en 2010 et son PIB devrait augmenter de 2,5% en 2012.

La future coalition gouvernementale, quelle qu'elle soit, aura une marge de manoeuvre étroite, compte tenu de l'ambition de Vilnius d'adopter l'euro vers 2015 et de mener à bien la présidence lituanienne de l'UE à partir de l'été 2013.

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