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27/10/2012 07:48 EDT | Actualisé 27/12/2012 05:12 EST

Statistique Canada émet des bémols quant aux données du recensement

La décision du premier ministre Stephen Harper de mettre un terme à la version longue du formulaire de recensement commence à affecter les données de Statistique Canada.

La semaine dernière, l'agence fédérale a publié le dernier segment du recensement de 2011, qui est consacré aux langues.

Le dernier rapport était toutefois accompagné d'une mise en garde concernant la comparaison des données de 2011 avec celles des années antérieures.

« Les utilisateurs des données sont invités à faire preuve de prudence au moment d'évaluer les tendances liées à la langue maternelle et la langue d'usage qui comparent les données de 2011 à celles des recensements précédents », peut-on lire sur le rapport de Statistique Canada.

Il s'agit de mots puissants venant d'un organisme de statistiques, car ils soulèvent d'importantes questions quant à la façon dont les données peuvent être utilisées de manière fiable pour tirer des conclusions sur les tendances linguistiques. D'ailleurs, les responsables ont entrepris une enquête approfondie à ce sujet et publieront un rapport sous peu.

« Il y a beaucoup de questions et de réponses qui ne semblent rien ajouter », a déclaré Doug Norris, démographe en chef chez Environics Analytics et ancien directeur du recensement à l'agence fédérale.

Les analystes de Statistique Canada en savent déjà assez sur les anomalies pour montrer du doigt l'annulation de formulaire long du recensement en 2010, a indiqué l'analyste en chef pour la partie des langues du recensement de 2011, Jean-Pierre Corbeil.

« La seule réponse que nous avons en ce moment... [c'est] qu'il est fort probable que le problème soit lié aux changements dans le questionnaire », a-t-il déclaré en entrevue.

Dans le passé, les questions linguistiques étaient la plupart du temps incluses dans le formulaire long, qui était distribué à 20 % des ménages. Lorsque le premier ministre Harper a annulé la version longue du formulaire, plusieurs groupes concernés par l'évolution et la vitalité du français au pays se sont tournés vers les tribunaux pour s'assurer que l'information concernant les langues officielles soit correctement collectée.

Le gouvernement Harper a donc décidé d'inclure les questions sur la langue dans la version courte du recensement, qui est distribuée à tous les ménages canadiens.

Cependant, les questions linguistiques ont été présentées en 2011 dans un contexte différent qu'en 2006, a expliqué M. Corbeil. En 2006, ces questions étaient précédées par d'autres questions sur l'ethnie et le lieu de naissance. Maintenant, elles apparaissent soudainement après des questions démographiques de base.

« Nous avons tout revu. Tout est conforme. La seule chose, c'est que nous savons que les réponses obtenues sont très influencées par le contexte et l'emplacement des questions dans nos questionnaires », expose M. Corbeil.

Les problèmes principaux apparaissent dans les réponses des répondants à propos de leur langue maternelle et de la langue parlée à la maison.

Selon les connaissances de Statistique Canada sur l'immigration, il y a beaucoup trop de personnes qui ont répondu posséder deux langues maternelles - une langue officielle ainsi qu'une langue non officielle. De nombreuses personnes ont aussi affirmé parler une langue officielle en plus d'une autre langue à la maison.

C'est la proportion de personnes ayant déclaré l'anglais comme langue maternelle qui a d'abord tiré la sonnette d'alarme, selon M. Corbeil.

Les données brutes du recensement de 2011 ont révélé que 58 % des Canadiens avaient l'anglais comme langue maternelle, soit le même pourcentage qu'en 2006. Or, le Canada a reçu environ 1,1 million de nouveaux immigrants depuis 2006, et les données du ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration, de même que celles de Statistique Canada, indiquent que 80 % de ces immigrants n'ont pas l'anglais ou le français comme langue maternelle.

Si les gens avaient répondu au recensement de 2011 de la même manière qu'ils ont répondu au recensement de 2006, la proportion d'anglophones « aurait été plus faible », soutient M. Corbeil.