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27/10/2012 12:29 EDT | Actualisé 27/12/2012 05:12 EST

La trêve mort-née en Syrie, l'aviation du régime frappe de nouveau

La trêve proclamée en Syrie pour la fête musulmane d'al-Adha a été définitivement enterrée samedi avec des raids aériens et des combats sans répit entre rebelles et soldats qui ont fait environ 200 morts en plus de 24 heures.

Le cessez-le-feu temporaire, qui devait entrer en vigueur vendredi pour quatre jours et initié par le médiateur international Lakhdar aura finalement subi le même sort que celui instauré par son prédecesseur Kofi Annan en avril dernier qui a aussi volé en éclats en raison des violences.

L'aviation syrienne, principal atout du régime de Bachar al-Assad, a mené pour la première fois depuis vendredi des raids dans les provinces de Damas et d'Idleb (nord-ouest), où sont retranchés de nombreux rebelles, faisant huit morts en une seule frappe près de la capitale.

Signe que ni Damas ni les insurgés ne semblement prêts à faire taire leurs armes, de violents combats ont aussi secoué Alep, grande métropole du Nord, la région stratégique de Maaret al-Noomane dans Idleb ou encore Deir Ezzor (est), où un attentat à la voiture piégée a fait aussi huit morts.

Rebelles et armée s'étaient engagés à interrompre les hostilités durant les quatre jours de l'Aïd al-Adha, la fête musulmane du sacrifice, mais ils avaient prévenu qu'ils riposteraient en cas de violation du cessez-le-feu par la partie adverse.

Après une très brève accalmie, la plupart des fronts se sont embrasés, chaque camp faisait porter à l'autre la responsabilité de la rupture de la trêve.

"Nous ne pouvons plus parler de trêve", a résumé Rami Abdel Rahmane, chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), une ONG basée au Royaume-Uni et qui s'appuie sur un réseau de militants et de sources médicales civiles et militaires.

Les violences ont fait 146 morts vendredi et 48 dont 27 civils samedi, d'après un bilan provisoire de l'OSDH.

Le conflit oppose les forces gouvernementales aux rebelles depuis qu'un soulèvement lancé contre le régime Assad le 15 mars 2011 s'est transformé en insurrection armée. La guerre a fait plus de 35.000 morts en 19 mois, selon l'OSDH.

Dans ce contexte sont venus s'ajouter des combats inédits entre miliciens kurdes et rebelles à Alep, faisant 30 morts et 200 prisonniers vendredi, selon l'OSDH.

Des résidents d'un quartier kurde d'Alep, Achrafiyé, ont affirmé que les heurts ont éclaté après l'infiltration de rebelles dans la zone avant de se heurter à des miliciens kurdes. La minorité kurde se veut neurtre et garde ses distances aussi bien avec le régime qu'avec la rébellion.

Ces affrontements font craindre davantage de dissenssions au sein de la société syrienne déjà fragilisée par un conflit sans précédent dans l'Histoire contemporaine du pays.

Dans une autre zone kurde, à Afrine (nord), la télévision officielle a affirmé que des "terroristes", mot par lequel le régime désigne les rebelles, ont incendié un bus avec à son bord 14 passagers, dénonçant une "nouvelle violation" de la trêve.

Les rebelles, qui disent avoir pris les armes face à la répression de la contestation pacifique, ont qualifié d'"échec" et de "mensonge" la trêve négociée par M. Brahimi, médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe.

"Comment un régime criminel peut-il respecter une trêve? C'est un échec de Brahimi, cette initiative est mort-née", a déclaré le colonel Abdel Jabbar al-Oqaidi, chef du conseil militaire rebelle d'Alep (nord). "Ce n'est pas nous qui attaquons", a-t-il assuré.

D'après l'OSDH, l'armée a mené samedi son premier raid aérien depuis le début de l'éphémère trêve, visant un immeuble à Arbine dans la province de Damas. A Maaret al-Noomane, où une bataille majeure se joue près de de la base stratégique de Wadi Deif, des raids aériens ont également frappé les rebelles dans la zone et des combats ont secoué les abords du camp militaire.

A Deir Ezzor, un attentat à la voiture piégée près d'un tribunal militaire, a fait huit morts, dont trois policiers, selon l'OSDH, la télévision officielle évoquant un acte "terroriste".

Nouveau signe sur les dangers encourus par les journalistes étrangers qui s'infiltrent clandestinement en Syrie, un groupe rebelle dans le nord a affirmé détenir le journaliste libanais Fida Itani de la chaîne libanaise privée LBCI, arguant que ses reportages "n'étaient pas compatibles avec la révolution".

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