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26/10/2012 06:09 EDT | Actualisé 26/12/2012 05:12 EST

Le Maroc, en quête de souffle, se rapproche des monarchies du Golfe

Confronté à la crise de ses principaux partenaires européens et à un ralentissement de sa propre croissance, le Maroc est résolu à renforcer sa coopération économique avec les monarchies du Golfe, où le roi Mohammed VI vient d'effectuer une longue visite.

Habitué à des taux de 4% à 5%, le Maroc devra se contenter en 2012 d'une croissance de son PIB inférieure à 3%, selon des prévisions officielles.

Ce ralentissement pèse sur les comptes publics -le déficit a atteint plus de 6% en 2011- et sur le climat social d'un pays où le chômage des jeunes atteindrait 30% et où l'élection fin 2011 d'un gouvernement islamiste, dans le contexte du Printemps arabe, a suscité de nombreux espoirs.

Dans ce contexte rendant nécessaire le développement de partenariats tous azimuts, Mohammed VI vient d'effectuer une tournée de plus d'une semaine dans les monarchies du Moyen-Orient (Jordanie, Arabie saoudite, Qatar, Emirats arabes unis et Koweït), un séjour largement commenté par les médias marocains.

Cette "offensive diplomatique" a permis "d'inaugurer un nouveau chapitre dans le registre des relations historiques et stratégiques qui lient le Maroc à ces pays", a estimé jeudi le quotidien Les Echos.

Pendant un temps, les investissements avec cette région "se sont essoufflés", souligne Khadija Mohsen-Finan, maître de conférence en France et spécialiste du Maghreb.

Selon des chiffres officiels, aucun pays de la région ne faisait partie en 2010 des dix premiers clients du royaume, et seule la monarchie pétrolière saoudienne apparaissait parmi les dix premiers fournisseurs, à la 5e place (1,6 milliards d'euros, soit 5,9% des importations marocaines).

En outre, "chaque pays du Golfe a sa propre histoire avec le Maroc", ajoute Mme Mohsen-Finan. Les relations avec l'émirat du Qatar restent ainsi polluées par la fermeture, il y a deux ans, du bureau local d'Al-Jazeera.

Mais aujourd'hui, les riches monarchies qui composent le Conseil de coopération du Golfe (CCG) paraissent disposées à intensifier les liens.

Mi-2011, elles ont invité le Maroc et la Jordanie -les deux seules autres monarchies arabes- à rejoindre leur club, fermé depuis sa création en 1981.

Cette démarche, perçue comme une volonté de leur part de se prémunir d'une contagion des révoltes arabes mais aussi du danger iranien, a été accueillie positivement par Rabat, qui a toutefois réitéré "son attachement naturel et irréversible" à la construction de l'Union du Maghreb arabe (UMA).

Un partenariat stratégique a été signé avec le CCG, prévoyant le financement de projets de développement au Maroc à hauteur de cinq milliards de dollars sur cinq ans. Ceux-ci ont été présentés par le roi durant sa tournée.

Plus largement, la visite de Mohammed VI "a permis de mesurer l'audience du Maroc au sein de ces pays" dont les investisseurs "disposent, actuellement, du plus grand potentiel mondial en matière d'investissements directs étrangers", a fait valoir Les Echos.

Selon Youssef Al-Nowis, le directeur de la holding émiratie Al-Maâbar, cité par l'agence marocaine MAP, "les énergies renouvelables, le tourisme, l'industrie et l'immobilier" sont les secteurs les plus prometteurs.

Al-Maâbar est déjà un des grands acteurs de l'aménagement de la vallée du Bouregreg, à Rabat-Salé, projet d'un montant de sept milliards de dirhams (environ 630 millions d'euros) en cours de finalisation.

Dans le domaine touristique, les investissements des pays du Golfe ont atteint 49 milliards de dirhams (4,4 mds d'euros) sur 10 ans, dont près de la moitié (24 mds) étaient encore en cours de réalisation au printemps.

Enfin, si l'Europe reste le premier pourvoyeur de touristes, le ministre Lahcen Haddad a récemment marqué, lors d'une intervention sur la chaîne CNN, l'intérêt du royaume pour les "marchés émergents" dont celui du Golfe.

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