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26/10/2012 07:37 EDT | Actualisé 26/12/2012 05:12 EST

Israël: le pacte Netanyahu-Lieberman bouleverse la donne politique avant les législatives

L'alliance de droite entre le Likoud du Premier ministre Benjamin Netanyahu et Israel-Beiteinou, le parti nationaliste du chef de la diplomatie Avigdor Lieberman, polarise les forces politiques en Israël avant les élections législatives du 22 janvier.

L'annonce surprise par MM. Netanyahu et Lieberman jeudi soir que leur deux partis feraient liste commune a été qualifiée de "Big Bang de la Droite" par la presse israélienne vendredi.

En s'alliant à Israel-Beiteinou, le Likoud, déjà donné largement gagnant des législatives dans les sondages, pourrait être en mesure de former un large bloc nationaliste, très marqué à droite.

La manoeuvre permettrait à M. Netanyahu de s'affranchir, au moins en partie, de l'instabilité chronique des coalitions gouvernementales, régies par le système de la proportionnelle intégrale.

"En Israël, le Premier ministre a besoin d'une force importante et cohérente pour le soutenir, d'un mandat clair lui permettant de s'occuper des vrais problèmes", a estimé jeudi soir M. Netanyahu.

Selon un sondage cité par les médias et réalisé par le directeur de campagne de M. Lieberman, la liste commune obtiendrait 51 sièges sur 120 dans la prochaine Knesset (Parlement).

D'autres sondages en revanche prédisent un score inférieur à ce que représentent actuellement à eux deux le Likoud et Israel-Beiteinou, la troisième force politique à la Knesset, soit 42 sièges (27 et 15 respectivement).

"Nous ne sommes pas préoccupés par les sondages, ce qui nous intéresse c'est la construction d'un large camp nationaliste", a déclaré vendredi M. Lieberman à la presse.

"Israël doit passer à un système de grands partis. Nous n'aurons jamais deux grands partis comme aux Etats-Unis mais nous devons parvenir à un système de quatre ou cinq partis pour assurer la stabilité du système de gouvernement", a-t-il ajouté.

En cas de victoire, "Bibi" Netanyahu serait certain de rester Premier ministre, sans rotation, et Avigdor Lieberman, un populiste autoritaire, obtiendrait à coup sûr une position clef dans le futur gouvernement.

Les dirigeants du centre et de la gauche ont dénoncé une dérive "nationaliste" et même "raciste" du Likoud.

M. Lieberman, un colon qui fut le chef de cabinet de M. Netanyahu dans les années 90, est en effet célèbre pour ses positions anti-arabes tranchées et ses déclarations ultra-nationalistes.

"Le démon nationaliste est sorti du placard. Netanyahu a fait tomber son masque", a commenté à la radio publique le chef du parti de centre-droit Kadima, Shaul Mofaz, appelant le "centre israélien à s'unir pour faire revenir Israël à ses valeurs".

Le rapprochement de MM. Netanyahu et Lieberman "pourrait (...) encourager les partis de centre-gauche à annoncer une coopération étroite dans le cadre d'un front de salut national", a plaidé Yossi Sarid, un éditorialiste du quotidien de gauche Haaretz.

Ce front "aura une seule mission: non à +Bieberman+", a-t-il souhaité.

Interrogée par la radio publique, la dirigeante travailliste Shelly Yachimovich a appelé à la création d'un "bloc de centre-gauche composé des partis centristes et des membres modérés du Likoud".

Ces dernières semaines, les médias se sont fait l'écho de velléités de candidats pressentis --comme l'ex-Premier ministre Ehud Olmert et l'ancienne ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni-- de former un bloc centriste pour faire front contre M. Netanyahu.

L'alliance Likoud-Israel-Beiteinou menace également les partis religieux qui pourraient perdre leur rôle de pivot et même être exclus de la prochaine coalition gouvernementale.

Selon les commentateurs, le pacte avec Avigdor Lieberman implique pour M. Netanyahu l'adoption, au moins partielle, du programme d'Israel-Beiteinou, qui comprend la conscription militaire des étudiants des "yeshivot" (écoles religieuses juives), la réduction des pouvoirs du rabbinat et la fin de la proportionnelle intégrale.

Le Parlement israélien a convoqué des législatives anticipées pour le 22 janvier 2013, huit mois avant la fin de sa législature.

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