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25/10/2012 12:17 EDT | Actualisé 25/12/2012 05:12 EST

Les multinationales américaines fustigent le blocage politique sur la dette

A l'approche du scrutin présidentiel, les grands patrons américains s'alarment du blocage politique sur la réduction de la dette qui entraînera des coupes automatiques dans les dépenses publiques si aucun accord n'est trouvé d'ici la fin de l'année.

Plus de 80 d'entre eux, dont celui de Boeing et de Microsoft, ont signé une lettre appelant le Congrès à résoudre d'urgence ce problème, publiée jeudi par le Wall Street Journal.

"Les dirigeants politiques doivent admettre que notre dette croissante est une menace pour le bien-être économique et la sécurité des Etats-Unis", écrivent-ils dans cet appel commun, rédigé à l'initiative de l'organisation indépendante Fix The Debt (Réglons la dette).

Lloyd Blankfein, PDG de la banque d'affaires Goldman Sachs et signataire, avertissait récemment sur la chaîne CNBC que le "mur budgétaire" risquait de "faire dérailler" la reprise.

D'autres signataires comme le PDG de la banque JPMorgan Chase, Jamie Dimon, ou du conglomérat General Electric, Jeffrey Immelt, multiplient aussi les déclarations.

Faute d'un accord entre parlementaires républicains et démocrates sur la manière de réduire la dette des Etats-Unis (16.000 milliards de dollars), plusieurs mesures de relance et de réductions d'impôt prendront fin au 1er janvier et des baisses automatiques des dépenses publiques entreront en vigueur.

Cela devrait entraîner une contraction de 3 à 5% du PIB américain, selon les estimations.

Les entreprises américaines, en pleine période de publication de leurs résultats trimestriels, dressent un tableau sombre des mois à venir et nombre d'entre elles abaissent leurs prévisions pour la fin de l'année.

Certaines licencient ou ferment des usines, comme le fabricant de puces AMD, les chimistes Dow Chemical et DuPont, le fabricant de couches et mouchoirs en papier Kimberly-Clark, ou encore le constructeur automobile Ford.

Si la crise économique en Europe et le ralentissement en Chine y sont pour beaucoup, le blocage budgétaire aux Etats-Unis constitue aussi un point noir.

Pour Jeffrey Immelt, il s'agit de la "plus grande variable" qui pèse sur l'année 2013.

 

"Désastre potentiel"

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Selon Dave Cote, PDG du fabricant d'équipements industriels Honeywell, il y a "le potentiel pour une bonne reprise économique" aux Etats-Unis et dans le monde "si le gouvernement fait son travail et résout le problème du mur budgétaire". Dans le cas contraire, il prédit un "désastre potentiel".

Ce blocage pèse sur le secteur bancaire en paralysant notamment de nombreux projets de fusions et acquisitions. Le secteur de la défense est lui aussi particulièrement menacé.

Les coupes budgétaires automatiques, qui atteindraient 1.000 milliards de dollars sur 10 ans, concernent pour moitié le Pentagone.

Mais pour Art Hogan, stratège boursier de Lazard Capital Markets, aucun secteur n'est à l'abri.

"Il est difficile pour une entreprise de savoir de quoi l'an prochain sera fait si on ne sait pas ce que la réduction de la dette va signifier en terme de taux d'imposition et de dépenses gouvernementales", constate-t-il.

Par conséquent, beaucoup gèlent les embauches et investissements, que ce soit dans la finance, l'industrie ou la grande consommation, poursuit Joel Naroff, économiste indépendant. "Il n'y a pas de raison d'embaucher si on se dirige vers une récession".

Un accord est peu probable avant l'élection présidentielle du 6 novembre. Le Congrès, partiellement renouvelé le même jour, se réunira de nouveau à partir de la mi-novembre et aura six semaines pour trouver une solution.

ved/sl/lor