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25/10/2012 10:27 EDT | Actualisé 25/12/2012 05:12 EST

Corruption: les libéraux doivent s'excuser, selon le gouvernement Marois

DRUMMONDVILLE, Qc - Les libéraux devraient avoir honte et présenter leurs excuses à la population pour avoir laissé s'installer la corruption au Québec, selon le gouvernement Marois.

«Ils sont responsables en partie de ce qui se passe», a soutenu lors d'un bref point de presse la première ministre Pauline Marois, jeudi, sur l'heure du midi, en marge d'une réunion de ses députés. Elle reproche aux libéraux de «ne pas avoir pris les décisions au moment où c'était opportun».

Du même souffle, le gouvernement avoue son impuissance à intervenir sur le plan légal pour corriger le tir et faire en sorte d'assainir les moeurs politiques du monde municipal.

«Le gouvernement est très embêté» par cette question qui tombe dans un «vide juridique», a convenu de son côté le ministre responsable de Montréal, Jean-François Lisée, en point de presse.

Il déplore le fait que «les dispositions légales qui existent ne permettent pas, ni au gouvernement, ni au conseil municipal, ni à des citoyens, d'intervenir dans le processus de façon ordonnée».

Comme plusieurs de ses collègues présents au caucus de deux jours qui se tient à Drummondville, il ne s'est pas fait prier pour blâmer sévèrement les libéraux de Jean Charest, voire laisser planer des soupçons de complicité entre eux et les auteurs d'actes répréhensibles.

Selon l'équipe péquiste, les libéraux n'ont rien fait en plus de neuf ans de pouvoir pour crever l'abcès de corruption présumée entre certaines administrations municipales et des entreprises de construction, comme en témoignent les plus récentes révélations de la Commission Charbonneau et les enquêtes de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) sur le fonctionnement des villes de Montréal et Laval.

À la suite des plus récentes perquisitions de l'UPAC reliées au maire de Laval, Gilles Vaillancourt, effectuées mercredi, le ministre des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, a conclu que le maire avait désormais «le dos au mur» et n'avait eu d'autre choix que de se retirer de ses fonctions temporairement. «L'étau s'est resserré autour de lui», a-t-il illustré.

Comme d'autres ministres, M. Gaudreault n'a pas hésité à conclure qu'en raison de l'inaction du gouvernement précédent, le Québec traversait une crise d'intégrité.

«L'incurie des libéraux a fait en sorte que tout le Québec, par rapport à la collusion et à la corruption, est dans une situation de crise», a-t-il commenté, sans dire comment il entendait corriger le tir.

Le ministre responsable des Institutions démocratiques, donc de la question du financement des partis politiques, Bernard Drainville, en a rajouté. «Qu'est-ce qu'ils attendent pour s'excuser auprès des libéraux et auprès des citoyens du Québec?», s'est-il interrogé, en s'engageant à revenir à la charge pour réclamer des excuses publiques «demain, puis après-demain, jusqu'à temps qu'ils le fassent».

Les révélations de la Commission Charbonneau et les résultats d'enquête de l'UPAC «confirment nos pires appréhensions», a indiqué de son côté le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron.

Selon plusieurs ministres, il paraît clair que si le gouvernement n'avait pas tant tardé à mettre sur pied la Commission Charbonneau, les Québécois auraient économisé beaucoup d'argent, collectivement, et le ménage aurait déjà commencé dans les moeurs politiques provinciales et municipales.

«Les contribuables auraient économisé des centaines de millions de dollars. C'est une certitude», a assuré à ce propos le ministre Lisée.

À Québec, refusant de s'excuser, les libéraux se sont plutôt empressés de défendre leur bilan, faisant valoir que leurs initiatives sur le front de la lutte à la corruption mènent aux résultats constatés au cours des dernières semaines.

«Il n'est pas question de nous excuser. On regarde les résultats que ça donne aujourd'hui et je pense que le ménage est en train de se faire, a dit le député Marc Carrière. C'est sous les projets de loi qu'on a faits, c'est sous les conditions qu'on a mises de l'avant, l'UPAC, que ça donne des résultats.»

Sur tous les tons, à la suite de diverses allégations et reportages, les partis d'opposition ont réclamé pendant plus de deux ans la tenue d'une commission d'enquête sur la corruption et la collusion dans l'industrie de la construction, avant que le gouvernement Charest finisse par céder et créer la commission dirigée par la juge France Charbonneau.

Certains ont suggéré que le Parti libéral du Québec procède, en parallèle des travaux de la Commission Charbonneau, à une enquête interne sur les liens de financement entre le parti et les entreprises de construction.

Chose certaine, les libéraux, qui sont présentement à la recherche d'un chef, «doivent faire une très grande introspection», selon le ministre Lisée, et admettre qu'ils «n'ont pas été à la hauteur de la situation».

«Pourquoi n'y a-t-il pas d'enquête interne au Parti libéral, en ce moment?», s'est-il demandé.

Indifférent aux critiques des péquistes, M. Carrière, porte-parole des dossiers municipaux, a proposé qu'un processus de suspension soit mis en place quand des maires sont l'objet d'accusations criminelles.

Si le gouvernement ne propose pas un projet de loi en ce sens, les libéraux pourront le faire, a dit le député en point de presse.

M. Carrière a cependant dû expliquer pourquoi les libéraux n'ont pas soumis cette proposition alors qu'ils étaient au pouvoir.

«C'est un processus en continu, a-t-il dit. On a laissé les policiers, les enquêteurs faire le travail qu'ils ont à faire, maintenant je pense qu'on doit aller beaucoup plus loin et c'est pour ça que je propose que ce soit fait ainsi.»