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23/10/2012 09:27 EDT | Actualisé 23/12/2012 05:12 EST

La Banque du Canada maintient le taux cible du financement à un jour à 1%

OTTAWA - La Banque du Canada a maintenu mardi son taux d'intérêt directeur à un pour cent pour une 17e fois consécutive, mais elle a signalé du même coup qu'elle s'inquiétait du niveau d'endettement des ménages et pourrait devoir hausser les taux si le problème empirait.

La décision de la banque centrale était largement attendue, mais les économistes étaient surtout curieux de voir si l'institution adoucirait le ton de son avertissement quant à une éventuelle hausse des taux d'intérêt.

Mais le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, a laissé son choix de mots essentiellement intact et le communiqué de l'institution sur l'économie n'était pas aussi contenu que certain ne le prévoyaient.

C'est de cette façon que les marchés ont interprété le communiqué de la banque. Le dollar canadien, qui vivotait avant le dévoilement du texte à 9 h 00, a légèrement grimpé par la suite.

L'économiste en chef de la Banque CIBC, Avery Shenfeld, a estimé que M. Carney avait quelque peu atténué son penchant pour un resserrement en fonction de la croissance économique, mais il a offert une nouvelle raison pour justifier une hausse des taux — son alarmisme au sujet de la dette des ménages.

«En bout de ligne, le (choix des mots) est toujours celui d'une banque centrale qui croit qu'elle va hausser les taux à un moment donné vers la mi-2013 ou dans la deuxième moitié de 2013, mais la matérialisation de cette hausse dépendra largement du taux de croissance de l'économie», a indiqué M. Shenfeld.

En outre, la déclaration de la banque permet de conclure que M. Carney ne planifie pas réduire les taux, a-t-il ajouté.

Selon la banque centrale, l'endettement des ménages, qui a récemment été révisé à 163 pour cent du revenu disponible par Statistique Canada, continuera à grimper avant de se stabiliser dans quelques années.

La Banque du Canada tiendra compte de ces déséquilibres dans le secteur des ménages lorsqu'elle prendra ses prochaines décisions quant aux taux d'intérêt, un élément qu'elle n'avait pas précisé dans ses dernières décisions mais que M. Carney avait inclus dans un discours prononcé la semaine dernière en Colombie-Britannique.

Dans ce discours, M. Carney avait notamment abandonné son mantra sur le besoin de hausser les taux d'intérêt dans la mesure où l'économie continue de croître, ce qui avait poussé plusieurs économistes à prédire que son langage serait plus neutre dans l'annonce de mardi.

Cela ne s'est pas produit, même si le gouverneur a abandonné son expression de prédilection, plutôt vague, voulant qu'un resserrement soit probable éventuellement.

Malgré tout, certains économistes ont considéré que la plus récente déclaration était moins énergique que les précédentes, en partie parce que la Banque du Canada a révisé à la baisse ses prévisions pour l'inflation.

«La Banque du Canada a fait des pas de bébé en direction du ton plus doux adopté par toutes les autres banques centrales du monde, et je m'attends à voir d'autres pas dans cette direction», a observé le vice-président des études économiques chez Scotia Capitaux, Derek Holt.

La banque s'est aussi montrée plus optimiste que les analystes ne le prévoyaient pour ce qui est des économies canadienne et mondiale. Plusieurs économistes considèrent que les projections de croissance de la banque pour le Canada — soit 2,1 pour cent pour l'année en cours, 2,3 pour cent pour 2013 et de 2,5 pour cent pour 2014 — sont trop optimistes, particulièrement compte tenu que la croissance du premier semestre de 2012 s'est d'ores et déjà établie en deçà de deux pour cent.

Mais M. Carney a gardé le cap. Il a revu à la hausse sa prévision pour l'année en cours à 2,2 pour cent — une correction technique attribuable aux changements de méthodologie récemment adoptés par Statistique Canada —, tout en laissant intacte la prévision de 2013 et en réduisant celle de 2014 à 2,4 pour cent.

«Après avoir progressé à un rythme inférieur à celui de son potentiel récemment, l’économie devrait se raffermir et tourner de nouveau à plein régime d’ici la fin de 2013», a écrit la banque dans son communiqué.

«La Banque continue d’anticiper que l’expansion sera principalement alimentée par la hausse de la consommation et des investissements des entreprises», mais prévoit que l'activité du secteur du logement va ralentir et devrait rester inférieure à son sommet atteint avant la récession jusqu'à la première moitié de 2014.

Au sujet de l'économie mondiale, la banque centrale a noté que les conditions étaient essentiellement conformes à ce qu'elle avait prédit, avec une expansion américaine se déroulant à un «rythme graduel» et une récession en Europe.

Mark Carney a cependant noté certains signes de stabilisation du ralentissement économique en Chine — plus important que prévu — et dans d'autres économies émergentes, tandis que les cours du pétrole et d'autres matières premières ont grimpé et que les conditions économiques mondiales se sont améliorées grâce à la mise en place de certaines politiques.

Dans l'ensemble, les perspectives de la banque sont un peu plus encourageantes que celles mises de l'avant par plusieurs économistes du secteur privé. M. Carney fournira une explication plus détaillée au sujet de ses prévisions dans le rapport du la politique monétaire qu'il dévoilera mercredi.