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22/10/2012 04:32 EDT | Actualisé 21/12/2012 05:12 EST

<i>Les femmes de bonne humeur</i> : invitation à un carnaval éclaté

Rencontre avec la conceptrice des costumes, Ann Simard

Lorsque j'entre dans l'atelier de costumes du Monument-National, j'aperçois immédiatement de grands dessins de personnages colorés accrochés au mur du fond. Il s'agit des maquettes des costumes de la pièce Les femmes de bonne humeur, de Carlo Goldoni, mise en scène par René-Daniel Dubois et créée en collaboration avec les finissants de l'École nationale de théâtre.

Dans Les femmes de bonne humeur, deux femmes riches complotent pour séduire des touristes durant le Carnaval de Venise. Le metteur en scène et les étudiants, ne voulant pas d'un simple « show de robe », ont décidé d'explorer cette comédie en sortant des sentiers battus.

Dépersonnaliser les acteurs

Un défi s'est posé dès le début : la pièce contient plus de personnages que d'acteurs. La solution? Les personnages de la pièce seront des mannequins animés par les acteurs, à la manière de grandes marionnettes.

« Il fallait dépersonnaliser les acteurs pour qu'ils puissent jouer plusieurs personnages et manipuler différents mannequins », explique Ann Simard, finissante du programme de scénographie de l'École nationale de théâtre et conceptrice des costumes de la pièce. Ce seront donc les mannequins qui porteront les costumes des personnages, alors que les acteurs seront vêtus d'un habit de manipulateur noir : cape, cagoule et masque.

Trois des costumes des mannequins pourront également être partiellement enfilés par les comédiens.

Plus grand que nature

« Une des premières choses que René-Daniel nous a dites, c'est qu'on était sur une grande scène et que ce qu'on faisait devait être digne de la place où on jouait. Pour moi, ça a été logique de présenter des maquettes plus grandes », raconte la conceptrice.

Les dessins ressemblent à d'immenses taches de couleur. « Goldoni, c'est très carnavalesque, alors on a décidé d'explorer ce côté éclaté du carnaval, soutient-elle. Tout est amplifié pour amener le côté décadent de Venise à l'époque. Les costumes sont très caricaturaux. »

C'est en discutant avec le metteur en scène et le reste de l'équipe de production et de conception qu'il a été décidé que la pièce serait inspirée de l'époque sans toutefois s'y fier comme dans les livres d'histoire.

« Il y a quelque chose de flou dans la maquette parce qu'on voulait seulement suggérer le vêtement d'époque. Habituellement, on peut lire la coupe sur une maquette, mais pas dans ce cas-ci. C'est une volonté dans l'ensemble de l'oeuvre », précise Marc Sénécal, le conseiller d'Ann Simard à la conception des costumes.

Des costumes en évolution

Dans l'atelier, toute une équipe s'affaire à concevoir des costumes flamboyants, d'immenses perruques et des masques illuminés. Ann Simard me fait remarquer que les costumes ne sont pas tout à fait pareils aux esquisses : « Pour moi, il y a tout un côté du design du costume qui se fait en atelier. Sur une feuille de papier, ce n'est pas la même chose que concrètement. En atelier, le design continue. » Elle raconte par exemple avoir eu de belles surprises en teignant différents tissus. « Je trouve que c'est une dimension géniale que ce ne soit pas pareil comme l'esquisse. »

Elle me montre ensuite des masques qui ont inspiré des masques géants qui font partie du décor et qui seront manipulés par les comédiens. « C'est particulier que le décor soit parti du masque, des costumes, explique la directrice du programme de scénographie, Danièle Lévesque. Souvent, les concepteurs de costumes viennent plus tard dans le processus. »

Cette décision du metteur en scène d'inclure toute l'équipe dès le début du processus créatif a permis d'autres collaborations intéressantes, avec l'éclairagiste, par exemple, qui a intégré des lumières aux masques et à l'un des costumes.

La production des costumes va bon train et on pourra les apprécier pleinement, sur scène, à la fin du mois.

Rencontre et photos : Audrey Bourget

La promotion 2013 de l'École nationale de théâtre présente Les femmes de bonne humeur, de Carlo Goldoni, mise en scène par René-Daniel Dubois, du 30 octobre au 4 novembre à la salle Ludger-Duvernay du Monument-National.