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21/10/2012 04:22 EDT | Actualisé 20/12/2012 05:12 EST

Kateri Tekakwitha est maintenant sainte

Kateri Tekakwitha est maintenant officiellement la première sainte Amérindienne de l'Amérique du Nord.

L'Amérindienne décédée à 24 ans et persécutée par sa communauté pour sa piété a été canonisée dimanche matin par le pape Benoît XVI lors d'une cérémonie tenue sur la place Saint-Pierre, au Vatican. Environ 80 000 fidèles ont assisté à l'homélie.

L'Église attribue un miracle à Kateri Tekakwitha, le sauvetage d'un jeune garçon de cinq qui aurait été guéri de la bactérie mangeuse de chaire après qu'une relique de la célèbre Amérindienne eut été posée sur sa poitrine. Celui-ci, maintenant âgé de 12 ans, assistait à la cérémonie.

C'est aussi le cas de milliers de Canadiens et de membres des Premières nations de l'est du Canada et du nord-est des États-Unis qui avaient fait le chemin jusqu'à Rome afin d'assister à ce moment historique. Dix-sept évêques canadiens ont aussi fait le voyage, de même qu'Andrew Scheer, président de la Chambre des communes.

Un rapprochement entre l'Église et les Autochtones?

Dans son homélie, le pape Benoît XVI a souligné le fait que Kateri Tekakwitha n'a jamais vraiment renoncé à sa culture, tout en restant fidèle à Jésus. Ce discours a plu aux tant aux membres de l'Église qu'aux Autochtones présents à la cérémonie, qui y voient le début d'un véritable rapprochement entre Autochtones et non-Autochtones.

« Cet événement est à marquer d'une pierre blanche pour le dialogue entre les Premières Nations et nous », a déclaré Louis Dicaire, évêque de Saint-Jean-Longueuil, à l'issue de la canonisation.

« Pour nous, c'est autant un soulagement qu'une sorte de réconfort. Nous en avions besoin après tout ce que nous avons dû affronter avec le catholicisme et le colonialisme », a de son côté souligné Michael Delisle, grand chef du conseil mohawk de Kahnawake aussi présent au Vatican pour la canonisation.

Selon l'animateur de l'émission Second regard, Alain Crevier, on observe une certaine ambiguïté chez les communautés autochtones par rapport à ce que représente la nouvelle sainte. Celle-ci est le symbole, pour eux, de l'arrivée des Européens en Amérique et des lourdes conséquences qui en ont découlé pour leurs peuples, comme les épidémies, les guerres, et surtout l'assimilation brutale à laquelle l'Église catholique a grandement contribué.

Des observateurs estiment d'ailleurs que Kateri Tekakwitha est instrumentalisée par l'Église, d'une certaine manière, dans l'optique de promouvoir une réconciliation entre elle et les Premières Nations.

En contrepartie, plusieurs Autochtones se disent fiers de la canonisation de Kateri. C'est le cas d'Andrée Paul, venue dimanche de la Côte-Nord pour assister aux célébrations à Kahnawake, qui considère Kateri comme une « alliée spirituelle ». Elle voit aussi la cérémonie de dimanche comme « une occasion de rallier les nations non autochtones avec les nations autochtones ».

Protectrice du Canada

« Que Dieu bénisse les Premières Nations », a déclamé le pape lors de la cérémonie qui a sacré Kateri « protectrice du Canada ».

Alors que le Canada et les États-Unis revendiquent tous deux la sainte, l'historien Allen Greer rappelle qu'à l'époque où Kateri est née, ni l'un ni l'autre de ces deux pays n'existait, et que Kateri était dans les faits une Mohawk, née sur le territoire mohawk.

On situe la naissance de Kateri Tekakwitha dans un village mohawk de l'État de New York, en 1656. Sa mère était une Algonquine prisonnière de guerre qui a épousé un Mohawk.

Kateri a été convertie au catholicisme par des missionnaires jésuites peu après 1666, après qu'elle se soit installée à Kahnawake. Elle a été rejetée par ses proches. Elle était reconnue pour son extraordinaire piété et sa santé fragile. Elle est décédée en 1680, à l'âge de 24 ans.

Dimanche, Kateri Tekakwitha a rejoint les autres saints Canadiens comme saint frère André, les religieuses Marguerite d'Youville et Marguerite Bourgeoys, et les saints-martyrs canadiens, les jésuites Jean de Brébeuf, Noel Chabanel, Antoine Daniel, Charles Garnier et Gabriel Lalemant.

Six autres personnes ont accédé dimanche au statut de saint, notamment un père jésuite français mort en martyr à la fin du 19e siècle, une religieuse qui s'est occupée de lépreux à Hawaii et un jeune catéchiste philippin.