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20/10/2012 04:53 EDT | Actualisé 19/12/2012 05:12 EST

Brahimi à Damas pour obtenir une trêve, le conflit menace le Liban

L'émissaire international Lakhdar Brahimi a rencontré samedi à Damas le chef de la diplomatie syrienne avec l'objectif d'obtenir un cessez-le-feu, au lendemain d'un attentat au Liban voisin qui a ravivé les craintes d'un débordement régional du conflit.

Les médias officiels syriens n'ont pas encore donné de détails sur la teneur de cet entretien entre Walid Mouallem et M. Brahimi, qui doit également rencontrer le président Bachar al-Assad à une date non précisée, alors que les violences ont à nouveau fait vendredi au moins 133 morts, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

La visite du médiateur international intervient alors que le président Assad a été pointé du doigt dans l'attentat ayant tué le chef des renseignements de la police libanaise à Beyrouth, suscitant des condamnations internationales.

M. Brahimi, qui tente d'obtenir une trêve pour la fête musulmane d'Al-Adha, célébrée entre le 26 et le 28 octobre, avait une nouvelle fois mis en garde jeudi contre un débordement du conflit.

"Si la crise syrienne continue, elle ne se cantonnera pas à la Syrie. Elle affectera toute la région", avait-il prévenu à Amman, selon des propos rapportés par l'agence publique Petra.

Le conflit qui ensanglante la Syrie depuis plus de 19 mois a touché depuis début octobre à plusieurs reprises la Turquie voisine. Vendredi, Ankara a encore une fois riposté à la chute de deux obus syriens sur son territoire qui n'ont pas fait de victimes, a rapporté la chaîne publique TRT.

L'armée turque répond systématiquement à chaque chute d'obus syrien de son côté de la frontière depuis que l'un d'eux a causé la mort, le 3 octobre, de cinq civils turcs à Akçakale, un village proche de la frontière syrienne.

Damas s'était dit prêt mardi à étudier la proposition de trêve de M. Brahimi alors que l'opposition a accepté de cesser le feu à condition que le régime arrête ses bombardements en premier.

A son arrivée vendredi, M. Brahimi a indiqué que les discussions porteraient sur "la nécessité de diminuer la violence actuelle et si possible de l'arrêter à l'occasion de l'Aïd al-Adha", ou fête du sacrifice, l'une des fêtes musulmanes les plus sacrées.

Dans un communiqué commun, les chefs de l'ONU Ban Ki-moon et de la Ligue arabe Nabil al-Arabi ont exhorté "toutes les parties en guerre en Syrie à tenir compte de la demande" de M. Brahimi, soulignant que la trêve devait être de longue durée et ouvrir la voie à "un processus politique pacifique".

Mais sur le terrain, l'armée syrienne a de nouveau bombardé samedi matin les alentours de Maaret al-Noomane, une ville clé sous contrôle rebelle dans le nord-ouest de la Syrie, alors que des combats ont lieu sur l'autoroute Damas-Alep, a indiqué l'OSDH.

Des affrontements de moyenne intensité étaient en cours autour d'une base militaire de l'armée assiégée par les insurgés, près de Maaret al-Noomane, a constaté un journaliste de l'AFP. Des rafales d'armes automatiques et des détonations étaient audibles à intervalles réguliers en provenance de cette base de Wadi Deif.

L'OSDH, qui s'appuie sur un large réseau de médecins et militants, ajoute d'autre part que "de violents combats opposent les troupes régulières aux combattants rebelles, qui ont attaqué un convoi militaire sur la route Damas-Alep, au sud de la ville de Maaret al-Noomane".

Les rebelles ont coupé il y a une dizaine de jours la route reliant les deux principales villes du pays, Damas et Alep, après la prise de contrôle d'une portion de près de cinq kilomètres de l'autoroute, cruciale pour les renforts de l'armée.

Un calme précaire régnait sur Maaret al-Noomane, qui pour certains ne prévaut rien de bon, et annoncerait même un nouveau déferlement de bombes et obus sur la ville.

Dans la région de Damas, des colonnes de fumée s'élevaient samedi matin non loin des résidences de la police alors que des tirs nourris étaient entendus, selon l'OSDH. De violents combats avaient lieu près de la localité de Erbine, à 7 km au nord-est de Damas.

Vendredi, 37 corps ont été retrouvés dans un cimetière de Deir Ezzor (est), certains écartelés et d'autres portant des traces de brûlures.

Les craintes d'un débordement régional du conflit ont été ravivées par un attentat meurtrier à Beyrouth, attribué par l'opposition libanaise au régime de M. Assad.

Le chef de l'opposition libanaise, Saad Hariri, a accusé nommément le chef d'Etat de l'assassinat du chef des renseignements de la police, le général Wissam al-Hassan, tué dans cet attentat, mais Damas a dénoncé un acte "lâche", "terroriste" et qualifié d'"injustifiables" ces "attentats terroristes".

L'attaque, qui fait craindre un retour aux assassinats de personnalités libanaises hostiles au régime syrien qui avaient frappé le Liban entre 2005 et 2008, a été condamné unanimement par la communauté internationale.

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