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18/10/2012 09:55 EDT | Actualisé 18/12/2012 05:12 EST

Plus de 40 morts dans un raid aérien en Syrie, Brahimi samedi à Damas

Des avions de combat ont bombardé intensément jeudi une ville clé du nord syrien aux mains des rebelles, tuant 44 personnes dont plusieurs enfants, dernier épisode en date de la guerre qui ensanglante la Syrie depuis plus d'un an et demi.

Dans la capitale, un homme à bord d'une moto s'est fait exploser près du siège du ministère de l'Intérieur, sans faire de victime, a indiqué un responsable des services de sécurité, alors que les attentats contre la Sécurité se sont multipliés à Damas.

Cette escalade survient à deux jours de l'arrivée à Damas de l'émissaire international Lakhdar Brahimi qui a dit avoir bon espoir d'obtenir une trêve pour la grande fête musulmane de l'Adha du 26 au 28 octobre, après l'accueil favorable du pouvoir et de l'opposition.

A une semaine de cette fête, les forces du régime ont néanmoins intensifié leurs frappes contre les bastions des rebelles dans le Nord pour les empêcher d'y étendre leur emprise, les violences faisant 135 morts à travers le pays (53 civils, 51 soldats, 21 rebelles), selon une ONG syrienne.

Depuis la prise le 9 octobre par les rebelles de Maaret al-Noomane, avions de combat et hélicoptères ont multiplié les bombardements aveugles sur la ville dont la prise a permis aux insurgés de couper l'autoroute utilisée par l'armée pour envoyer des renforts.

Dès l'aube, les chasseurs-bombardiers ont entamé leur ballet au-dessus de la cité, en grande partie désertée par ses 125.000 habitants. Ils ont visé d'abord sa périphérie est où les rebelles assiègent la base militaire de Wadi Deif, puis la ville même.

L'un des raids a touché et détruit deux immeubles et une mosquée proche, où étaient réfugiés des femmes et des enfants, faisant 44 morts, selon des secouristes.

"Nous avons retiré au total 44 morts des décombres, dont de nombreux enfants", a affirmé l'un d'eux. Dans un hôpital de fortune, un journaliste de l'AFP a vu une dizaine de dépouilles enveloppées dans des linceuls blancs et des sacs en plastique avec l'inscription "parties de corps".

Deux enfants qui jouaient dans la rue dont l'un avec son vélo, figurent parmi les victimes. L'un a été décapité et l'autre déchiqueté.

Des mitrailleuses lourdes de la rébellion sont entrées en action pour tenter d'abattre ces avions, sans succès. Mercredi, un hélicoptère survolant la ville a été abattu.

Les combattants en armes sillonnaient les rues à bord de 4X4 surmontés de mitrailleuses lourdes guettant les avions. Des pneus étaient enflammés sur les chaussées pour que la fumée noire gêne l'aviation.

Les rebelles ont pour leur part bombardé au mortier la base de Wadi Deif, où près de 250 soldats réguliers et une grande quantité de matériel et de munitions se trouvent selon les insurgés. La base contrôlerait en outre un pipe-line approvisionnant Alep en carburants.

Ailleurs dans le pays, les violences n'ont pas non plus connu de répit. Dans la région centrale de Homs, la ville rebelle de Qousseir, assiégée par l'armée, était de nouveau bombardée, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

A Alep, métropole du nord théâtre de combats acharnés depuis trois mois, l'armée a pilonné plusieurs quartiers, a précisé cette ONG.

C'est dans ce contexte macabre que M. Brahimi, émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe, arrivera samedi à Damas pour sa deuxième visite depuis sa prise de fonctions le 1er septembre.

Il rencontrera le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem, selon le porte-parole du ministère Jihad Makdissi.

"Attendons de savoir ce que Brahimi a à dire", a-t-il répondu à une question sur la possibilité d'une trêve en Syrie, où le conflit a fait, selon l'OSDH, plus de 33.000 morts depuis le début de la révolte populaire en mars 2011 qui s'est muée en conflit armé face à la répression.

M. Brahimi, dont la presse syrienne a salué la "diplomatie des petits pas", ne rencontrera pas M. Assad, selon son porte-parole.

En visite à Amman dans le cadre d'une tournée régionale, il a estimé que le cessez-le-feu qu'il avait proposé pourrait servir de base au lancement d'un "processus politique".

L'opposition s'était dite prête à accepter la trêve mais à condition que le régime cesse le feu en premier.

Néanmoins des analystes ont dit douter de la pérennité de la trêve, en raison de la complexité du conflit et en raison des divergences internationales persistantes sur les moyens de le régler.

La Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme Navi Pillay a d'ailleurs exhorté le Conseil de sécurité de l'ONU à "parler d'une seule voix" sur la Syrie, évoquant une "situation tout simplement désespérée".

De plus, note le président de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, "sur le terrain, il y a des forces pro et anti régime qui ne répondent à aucune autorité".

Malgré les violences, les Syriens, comme tous les vendredis depuis le début de la révolte, sont appelés par les militants à manifester contre le régime avec comme slogan cette fois "Etats-Unis, votre silence suspect a contribué à la mort de milliers de victimes".

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