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18/10/2012 11:15 EDT | Actualisé 18/12/2012 05:12 EST

Attentat contre la Réserve fédérale: Obama avait été envisagé comme cible

NEW YORK, États-Unis - L'homme arrêté alors qu'il voulait faire sauter la Réserve fédérale de New York avait d'abord envisagé de s'attaquer au président Barack Obama, a appris l'agence Associated Press de source judiciaire jeudi.

Selon cette source ayant requis l'anonymat, le suspect âgé de 21 ans, originaire du Bangladesh, a seulement évoqué cette hypothèse.

Lors d'une rencontre en septembre avec un agent du FBI se faisant passer pour un djihadiste, Quazi Mohammad Rezwanul Ahsan Nafis a expliqué qu'il avait choisi de s'en prendre à la Banque centrale avec une voiture piégée pour des «raisons opérationnelles», sachant qu'il causerait «un grand nombre de victimes civiles, y compris des femmes et enfants», selon la procédure judiciaire. Il avait aussi envisagé de viser la bourse de Wall Street.

Les explosifs fournis par des agents du FBI étaient faux mais les autorités affirment que l'admiration du suspect pour Oussama ben Laden et son aspiration au martyr étaient authentiques.

La police fédérale a arrêté le jeune homme mercredi à Manhattan alors qu'il essayait de déclencher avec un téléphone mobile sa fausse bombe de plus 450 kilos dissimulée dans une voiture garée près de la Réserve fédérale, elle-même située près de Ground Zero, le site où s'élevaient les tours jumelles du Wolrd Trade Center détruites dans les attentats du 11 septembre 2011.

La famille de Quazi Mohammad Rezwanul Ahsan Nafis, qui appartient à la classe moyenne, s'est déclarée atterrée et complètement surprise par ces événements.

«Mon fils ne peut pas faire ça», s'est exclamé Quazi Ahsanullah, banquier, en pleurant chez lui, dans le quartier de Jatrabari, dans le nord de la capitale, Dacca. «Il est très doux et dévoué à ses études», a-t-il ajouté, soulignant que le jeune homme avait fréquenté l'université privée North South de Dacca.

Un porte-parole de l'université, Belal Ahmed, a cependant affirmé que Nafis était un étudiant terrible qui avait été mis en observation et menacé d'expulsion si ses notes ne s'amélioraient pas. Il a finalement abandonné les cours.

M. Ahsanullah a déclaré que son fils l'avait convaincu de l'envoyer étudier aux États-Unis en faisant valoir qu'un diplôme américain lui donnerait de meilleures chances au Bangladesh. «J'ai dépensé toutes mes économies pour l'envoyer en Amérique», a-t-il dit, demandant au gouvernement de «ramener (son) fils à la maison».

La Réserve fédérale de New York, située au 33, Liberty Street, est l'une des 12 agences du pays qui, avec le Conseil des gouverneurs à Washington, constituent le Federal Reserve System, l'équivalent de la Banque centrale des États-Unis. Elle fixe les taux d'intérêts.

Des dizaines de banques centrales et du gouvernement confient une partie de leurs réserves en or à la Réserve fédérale de New York, qui les garde dans des chambres fortes de très haute sécurité situées sous le bâtiment. Ces dernières années, elles recelaient 216 millions d'onces d'or, soit plus d'un cinquième des réserves mondiales et plus que Fort Knox, qui abrite la réserve d'or du Trésor fédéral. C'est pour cela que la Réserve fédérale de New York est l'un des bâtiments les plus fortifiés de la ville et surveillé par un réseau de milliers de caméras privées et de la police.

Arrivé en janvier dernier aux États-Unis, Quazi Mohammad Rezwanul Ahsan Nafis n'a jamais représenté de risque, ont assuré les autorités américaines, soulignant des opérations d'infiltration pour déjouer ce genre de projets.

Le jeune homme a comparu devant un tribunal fédéral à Brooklyn pour tentative d'utilisation d'arme de destruction massive et tentative d'apporter un soutien matériel à Al-Qaïda. Vêtu d'un t-shirt marron et de jeans noirs, il a été placé en détention sans possibilité de libération sous caution et n'a pas dit s'il plaidait coupable ou non coupable. Son avocat n'a pas fait de commentaire.

«New York reste une cible du terrorisme. Cet individu est arrivé ici avec l'intention de perpétrer un attentat, motivé par Al-Qaïda. Nous estimons que cette menace va mettre un certain temps à disparaître», a déclaré le commissaire de police Raymond Kelly, sans dire si des mesures de sécurité supplémentaires avaient été prises.

«Essayer de détruire un immeuble emblématique et de tuer ou blesser un nombre indéterminé de passants innocents est à peu près ce qu'on peut imaginer de pire», a souligné pour sa part Mary Galligan, porte-parole du FBI de New York. «L'accusé s'expose à des sanctions graves.»

Un agent du FBI s'était fait passer pour un contact d'Al-Qaïda et un soutien du groupe radical auprès du jeune homme. «Ce que je veux faire, ce que je suis en train de faire, je le fais sous le nom d'Al-Qaïda, non?», dit l'accusé dans l'enregistrement réalisé dans une chambre d'hôtel, située à quelques rues de la Réserve fédérale.

Lors d'un rendez-vous en septembre dans cette même chambre d'hôtel, M. Nafis avait «confirmé qu'il était prêt à se faire tuer lors de son attaque. Il a néanmoins précisé qu'il voulait rentrer au Bangladesh pour revoir sa famille une dernière fois et mettre de l'ordre dans ses affaires», a souligné l'accusation.

Bien que M. Nafis ait revendiqué des liens avec Al-Qaïda, rien ne prouve qu'il ait reçu un entraînement ou des directives du groupe terroriste.

D'après les procureurs, le suspect est arrivé aux États-Unis avec un visa étudiant en janvier pour préparer l'attentat. Il a confié à l'agent infiltré du FBI son intention de créer une cellule terroriste pour «détruire les États-Unis».

Il a suivi des cours en sécurité informatique à la Southeast Missouri State University au premier semestre, de janvier à mai, selon la porte-parole de l'université, Ann Hayes. En juillet, il a demandé le transfert de son dossier mais Mme Hayes ignorait pour quelle destination.

Des responsables fédéraux se sont rendus à l'adresse new-yorkaise de M. Nafis mercredi, dans le quartier du Queens. Le propriétaire, Rafiqul Islam, a déclaré que le jeune homme habitait depuis environ un mois au premier étage avec des locataires appartenant apparemment à sa famille. Ces locataires n'ont pas répondu à la porte et l'appartement était plongé dans le noir. Le propriétaire a décrit le suspect comme un jeune homme «qui parlait très calmement». «Il m'a eu l'air d'un type normal et sympa.»