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18/10/2012 11:13 EDT | Actualisé 18/12/2012 05:12 EST

Alep bombardée devient aussi une gigantesque décharge à ciel ouvert

Alep dévastée par les bombardements et les combats est aussi une gigantesque décharge à ciel ouvert: depuis des semaines les ordures s'amoncellent et une odeur âcre envahit la deuxième ville de Syrie, y compris près de l'hôpital.

"Qu'est-ce qu'on peut faire avec nos seules mains? Nous avons besoin de camions et de main-d'oeuvre", se désole un éboueur, Abou Mahmoud, au milieu des montagnes d'ordures qui jonchent les rues.

Rouillé, sans pare-brise, un camion-benne blanc se fraie un passage à travers une immense décharge improvisée au rond-point Jisr al-Hajj, et déverse des déchets en tous genres d'où s'échappe un liquide foncé.

A quelques mètres seulement, s'élèvent de hauts immeubles.

Avant que la guerre civile ne la touche, Alep était la capitale économique de la Syrie. Sa proximité avec la frontière turque en fait un enjeu stratégique dans la confrontation entre forces du régime et insurgés.

Depuis des semaines, les secteurs de la ville tenus par les rebelles sont visés quotidiennement par l'artillerie, les chars et les avions de combat, laissant un paysage de désolation avec des bâtiments détruits et des gravats partout.

Avant, "environ 110 camions étaient en service à Alep (...) Maintenant, même pas 10 ou 20 travaillent", déclare Hassan Hardan, le conducteur du camion, dans le métier depuis 13 ans.

En l'absence de collecte des déchets, certains habitants tentent de se débarrasser des ordures en les brûlant, provoquant des nuages de fumée dont l'odeur âcre flotte sur toute la métropole du nord du pays.

Même près de l'hôpital, les détritus s'amoncellent, mélangeant nourriture pourrie, bandages ensanglantés ou matériel médical usagé. Les mouches survolent les tas d'immondices, dans lesquels les chats fouinent.

Les habitants se plaignent d'une situation qui s'aggrave de jour en jour, craignant désormais qu'à la menace quotidienne des bombardements vienne s'ajouter celle de problèmes sanitaires.

"On espère qu'ils vont les enlever, pour que personne ne tombe malade", dit Abou Mohamed, un habitant.

Abou Mahmoud, qui travaille comme éboueur depuis 23 ans et continue à percevoir son salaire versé par le gouvernement, ne semble pas dérangé par l'odeur pestilentielle, pas plus que par les bombardements.

Il continue de sillonner la ville pour gagner sa vie, malgré le danger et le manque de personnel et d'équipement.

"Les gens meurent quand leur heure est venue", explique-t-il, fataliste. "Qui n'est pas en danger sous les frappes?", ajoute-t-il.

Nos conditions de travail sont "très, très mauvaises parce que les camions sont volés, des hommes armés les prennent. Sans compter qu'on nous vole le carburant", souligne-t-il.

"Ils agissent en menaçant le conducteur du camion avec leurs armes. Cela m'est arrivé aujourd'hui", affirme-t-il, ajoutant que les hommes armés volent aussi parfois la batterie du véhicule.

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