NOUVELLES
03/10/2012 11:31 EDT | Actualisé 03/12/2012 05:12 EST

Zambito: les entrepreneurs ont modéré leurs ardeurs et les prix ont baissé

MONTRÉAL - L'ancien dirigeant d'Infrabec Lino Zambito a confirmé, mercredi devant la Commission Charbonneau, qu'avec l'arrivée de l'escouade Marteau, à l'automne 2009, les choses ont changé au sein du cartel des égouts à Montréal, qui a joué de prudence, et les prix des contrats publics ont baissé.

«La meilleure façon de le démontrer, c'est l'étude des contrats. Je pense que ça a été publiquement sorti que les coûts des contrats, dans les dernières années, ont baissé. C'est le meilleur indice pour guider les gens pour voir qu'il y a eu un changement des façons de faire», a-t-il témoigné.

Interrogé par la présidente de la commission, France Charbonneau, qui l'invitait à estimer la baisse du coût des contrats, celui-ci a avancé le chiffre de 15 pour cent.

Il explique cette baisse ainsi: «si, un moment donné, on soumissionne et qu'on n'a plus un pour cent à donner au fonctionnaire, trois pour cent à donner au parti politique et 2,5 pour cent à donner au crime organisé, on vient de baisser de quasiment six ou sept pour cent», a justifié M. Zambito, dont l'entreprise a depuis fait faillite.

«À partir de la mise en place de l'escouade Marteau, les contrats que j'ai soumissionnés et que je déposais, ils étaient faits en toute liberté de compétition», a-t-il assuré. Et il en a tout de même remporté dans ce contexte de libre concurrence, tout comme les autres entreprises membres du cartel des égouts, a-t-il admis.

Il a aussi relaté qu'à une certaine époque, avec le stratagème mis en place à la Ville de Montréal, les prix des contrats augmentaient plus vite que l'Indice des prix à la consommation. La croissance des prix était telle que même les entrepreneurs du cartel ont senti le besoin de refréner leurs ardeurs, de réclamer des prix moindres, afin de ne pas attirer l'attention, a-t-il admis.

«Il y a eu des discussions avec les entrepreneurs. Il fallait se limiter, parce que les budgets montaient plus vite que l'indice du coût de la vie, donc il a fallu, un moment donné, s'autoréglementer pour s'assurer, quand même, qu'on ne passait pas une augmentation de 10 pour cent annuelle, parce que ça ne se tenait pas. C'est sûr qu'un moment donné, il a fallu mettre un frein et y aller intelligemment», a-t-il admis candidement.

L'ancien entrepreneur, aujourd'hui restaurateur, a laissé entendre qu'à l'époque, non seulement les entrepreneurs ont modéré leurs ardeurs, mais à la Ville de Montréal aussi, la machine s'est mise à tourner au ralenti en matière de contrats.

«Je l'ai vécu à la fin de mon entreprise et dans les conversations que j'ai avec des anciens collègues du domaine de la construction. Oui, l'effet Marteau se fait ressentir. Mais il y a aussi l'effet que tout est gelé. Il n'y a rien qui se règle. Les fonctionnaires ont peur d'avoir peur. Pour ce qui est réellement payable, les dossiers ne débloquent pas. Les entrepreneurs, aujourd'hui, sont tous à financer le montant de leurs travaux; ils ont de la misère à se faire payer; ils ont de la misère à régler leurs contrats, malgré que c'est de la libre compétition», a relaté M. Zambito, qui n'est plus dans le domaine depuis avril ou mai 2011.

Celui qui faisait partie des quatre plus grands entrepreneurs en égouts à Montréal a même avancé que cette tendance à la retenue ou au frein aura éventuellement un effet pervers: celui d'assoiffer des PME de la construction, au profit des grandes entreprises et des multinationales, qui contrôleront les matériaux de base comme l'asphalte et le béton.

Et, selon lui, cette concentration dans les mains de multinationales provoquera une augmentation artificielle des prix d'ici deux ou trois ans.

La commission poursuit ses audiences, mais sous une ordonnance de non-publication.