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03/10/2012 11:13 EDT | Actualisé 03/12/2012 05:12 EST

Syrie: près de 50 morts dans un triple attentat à la voiture piégée à Alep

Au moins 48 personnes ont été tuées, en majorité des militaires, et une centaine d'autres blessées mercredi dans un triple attentat à la voiture piégée à Alep, la grande ville du nord de la Syrie que se disputent depuis fin juillet rebelles et forces gouvernementales.

De l'autre côté de la frontière turque, des obus tirés depuis la Syrie ont fait cinq morts, une mère et ses quatre enfants, et neuf blessés, à Akçakale, déjà touchée ces derniers jours par des balles perdues et des obus des combats entre armée et rebelles syriens, a annoncé le maire de la localité.

Le vice-Premier ministre turc Besir Atalay a dénoncé un "incident très grave qui dépasse les bornes", et le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a convoqué une réunion d'urgence et appelé le patron de l'ONU Ban Ki-moon pour "exprimer la profonde inquiétude" d'Ankara.

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a exprimé "l'indignation" de son pays après cet incident, le plus grave entre la Turquie et la Syrie depuis la destruction d'un avion militaire turc par un missile syrien en juin.

Sur le front syrien, l'armée menaient une offensive majeure dans des banlieues ouest de Damas selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), des militants, et des journalistes de l'AFP qui ont rapporté un déploiement militaire inhabituel dans la zone.

Plus au nord, au moins 15 soldats ont été tués dans des attaques rebelles coordonnées contre des barrages militaires et des combats à Bdama, une localité de la province d'Idleb (nord-ouest), selon l'OSDH, qui s'appuie sur un vaste réseau de militants et de témoins.

Parallèlement, l'armée a bombardé Sahn, un village de la province de Hama (centre), faisant au moins 16 morts, dont cinq femmes et trois enfants, dans un secteur où les rebelles sont fortement implantés, selon l'OSDH.

A Alep, la plupart des morts et des blessés du triple attentat "sont des membres des forces gouvernementales. Les explosions ont visé le club des officiers et des barrages de l'armée régulière", a indiqué l'OSDH, citant des sources médicales.

Un responsable local a fait état de son côté d'un bilan provisoire de "37 morts et de dizaines de blessés", dont beaucoup dans un état grave.

Deux voitures piégées ont d'abord explosé à une minute d'intervalle, dans deux rues proches du club des officiers au coeur d'Alep (nord). Une troisième voiture piégée a explosé 150 mètres plus loin, à l'entrée de la vieille ville, a expliqué une source militaire à l'AFP.

"On a entendu deux explosions énormes, c'est comme si les portes de l'enfer s'ouvraient", a raconté à l'AFP Hassan, un employé d'hôtel de 30 ans. "J'ai sorti des décombres un enfant de moins de dix ans qui a perdu une jambe", a déclaré un commerçant.

La chaîne officielle syrienne al-Ikhbariya a parlé d'attentats "terroristes" et diffusé des images de destructions sur place, avec deux immeubles totalement effondrés et des cadavres recouverts de débris.

Ces attentats n'ont pas été revendiqués dans l'immédiat.

Dans la province de Damas, les banlieues de Qoudssaya et d'al-Hama, deux bastions rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL, composée de déserteurs et de civils ayant pris les armes), ont été "bombardées par les chars de l'armée qui mène par ailleurs des arrestations et des perquisitions dans les environs", selon l'OSDH.

Selon une militante à Damas, l'armée a coupé tous les accès à ces banlieues, déjà attaquées par le passé "mais pas aussi violemment".

Dans la banlieue voisine de Doummar, des journalistes de l'AFP et des habitants ont vu dans les rues au moins trois chars et sept camions militaires ainsi que de nombreux soldats. Au moins quatre accès routiers à la capitale étaient coupés, y compris pour les familles conduisant leurs enfants à l'école.

A travers le pays, les violences ont fait au moins 147 morts mercredi, dont 52 civils, selon un décompte provisoire de l'OSDH, qui a établi un bilan de plus de 31.000 morts, en majorité des civils, en 18 mois de violences.

Dans ce contexte, le médiateur international Lakhdar Brahimi doit retourner dans la région cette semaine dans l'espoir d'obtenir une réduction des violences.

Exprimant à nouveau les inquiétudes de plusieurs responsables internationaux, le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil El-Arabi, a estimé mardi que les conséquences de la crise syrienne "pourraient être catastrophiques non seulement pour la Syrie, mais pour tout le monde arabe".

Les violences en Syrie débordent régulièrement dans les pays voisins, en Jordanie, Turquie, Irak ou au Liban qui, outre les violences aux frontières, sont submergés par un flot ininterrompu de réfugiés.

Le nombre de Syriens ayant fui dans les pays limitrophes a triplé ces trois derniers mois, pour dépasser le seuil des 300.000, a annoncé mardi le Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés, qui s'attend à ce qu'il double encore avant la fin de l'année.

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