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03/10/2012 10:48 EDT | Actualisé 03/12/2012 05:12 EST

Libre-échange Canada-Union européenne: l'adhésion de Québec n'est pas acquise

QUÉBEC - L'adhésion du gouvernement Marois au traité de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne n'est pas acquise, selon ce qu'a appris La Presse Canadienne.

Le gouvernement estime qu'il existe des zones d'ombre dans la négociation en cours et veut donc clarifier la situation pour s'assurer que le Québec ne sortira pas perdant du processus.

La pression sera donc accentuée, au cours des prochains mois, sur le négociateur du Québec au dossier, l'ex-premier ministre Pierre Marc Johnson, pour lui soutirer le maximum d'information sur ce qui se trame en coulisses dans la délégation canadienne.

Mais le temps joue contre le gouvernement Marois, car les négociations entreprises en 2009 en sont rendues au dernier droit. Un traité devrait normalement être signé avant la fin de l'année.

Malgré cela, Québec juge qu'il n'est pas trop tard, qu'il est encore temps de corriger le tir, puisque tout n'est pas joué.

En catastrophe, on a organisé une grande séance d'information qui se tiendra vendredi au Palais des congrès de Montréal, et où M. Johnson devra rendre des comptes sur les négociations et leur impact sur le Québec, en tentant de rassurer les uns et les autres.

Une cinquantaine d'organismes de la société civile, dont les associations syndicales et patronales, ont été invités à participer à l'événement, auquel assisteront aussi les élus, tant du gouvernement que des rangs de l'opposition.

En entrevue, le ministre des Relations internationales et du Commerce extérieur, Jean-François Lisée, s'est dit «modérément optimiste» quant aux chances de voir le Québec donner son accord au traité commercial, un marché potentiel de 500 millions de personnes.

Dans ce dossier de relations Québec-Ottawa, le changement de ton avec l'ancien gouvernement libéral est assez patent.

Si, en principe, le gouvernement Marois appuie l'idée de conclure une entente de libre-échange avec l'Union européenne, on est loin du chèque en blanc.

Car Québec craint un éventuel affaiblissement de ses pouvoirs, en matière économique, énergétique et culturelle, si on pousse trop loin le processus de libéralisation des échanges et d'ouverture des marchés des deux côtés de l'Atlantique.

On cherchera donc à obtenir des garanties avant d'assurer Ottawa de l'appui du Québec.

Il faut «éclairer les zones qui nous ont échappé», commente M. Lisée, en jugeant que le processus a manqué de transparence jusqu'à maintenant.

L'événement de vendredi, a poursuivi le ministre, fournira aux élus et aux autres l'occasion de «poser toutes les questions» à M. Johnson, pour qu'ensuite, avec son collègue des Finances, Nicolas Marceau, il soit en mesure de formuler une recommandation au conseil des ministres quant à une éventuelle révision du mandat confié au négociateur pour «l'étape finale» des négociations.

M. Lisée a jugé que cette séance publique d'information était nécessaire, malgré ses conversations avec M. Johnson et malgré la commission parlementaire tenue l'an passé dans le même esprit.

«On prend le parti d'un travail de transparence», explique encore M. Lisée, persuadé que l'intervention de Québec «arrive au bon moment», puisque dans ce genre de négociations internationales, l'important «arrive à la fin».

Québec veut s'assurer que les «éléments essentiels» et les «questions fondamentales» pour le Québec seront dans l'entente.

Vendredi, M. Johnson, nommé par l'ex-premier ministre Jean Charest en 2009, devra donc en quelque sorte répéter l'exercice de décembre 2011, alors qu'on l'avait invité à témoigner en commission parlementaire pour s'expliquer sur les négociations en cours.

À l'époque, toujours par souci de transparence, l'opposition péquiste reprochait au gouvernement, et indirectement à M. Johnson, de ne pas fournir toutes les informations disponibles. Elle réclamait d'avoir accès aux textes juridiques.

Les élus péquistes disaient alors craindre que l'accord menace de nombreuses politiques québécoises, notamment à l'égard de la convention sur la diversité culturelle, la gestion de l'offre en agriculture et la mainmise d'Hydro-Québec sur l'exploitation des ressources naturelles.

M. Johnson avait tenté de démontrer que ces appréhensions n'étaient pas fondées.

Pendant ce temps, à Ottawa, le chef du Bloc québécois, Daniel Paillé, a fait écho aux revendications du gouvernement Marois pour réclamer du gouvernement Harper «un maximum de transparence» dans ce dossier.

«Le gouvernement fédéral doit rendre disponibles (au gouvernement du Québec) un certain nombre d'éléments» d'information, a-t-il commenté en point de presse, relativement par exemple à la gestion de l'offre en agriculture, à la protection culturelle, de même que pour l'accès aux marchés publics municipaux.